Paris renoue avec une tradition vieille de trois décennies. Un tournoi de sumo d'envergure internationale se tient les samedi 13 et dimanche 14 juin à l'Accor Arena de Bercy. L'événement, qui n'avait plus eu lieu dans la capitale depuis 1995, mobilise une logistique particulièrement lourde, tant pour le transport des athlètes que pour l'acheminement du matériel rituel.
Le sel occupe une place centrale dans la préparation de cette compétition. Pas moins de 200 kilos de sel de Guérande ont été acheminés pour être utilisés lors du tournoi. Dans la tradition shintoïste, les lutteurs, appelés sumotoris, jettent une poignée de sel sur l'arène, le dohyo, afin de la purifier et de chasser les mauvais esprits avant chaque affrontement. Le sel sert également de revêtement au-dessus d'une base d'argile, à la manière des courts en terre battue de Roland-Garros qui combinent plusieurs couches de roches et de brique pilée.
Le transport des 62 rikishis, nom donné aux combattants de sumo, a constitué un défi organisationnel majeur. Deux avions distincts ont été affrétés pour les acheminer, une mesure qui répond à deux impératifs. D'une part, le poids élevé des lutteurs – certains dépassent les 150 kilogrammes – rend difficile leur regroupement dans un seul appareil sans risquer la surcharge. D'autre part, cette séparation vise à garantir la tenue des combats en cas d'incident. Comme l'a expliqué Stéphane Rothschild, l'organisateur de l'événement, lors d'un entretien sur RMC Sport, la logique est comparable à celle appliquée pour « le Président et le Premier ministre » : les rikishis doivent être répartis dans deux vols pour qu'en cas de problème, il reste suffisamment de combattants pour maintenir la compétition.
Une jeune star ukrainienne au sommet de la hiérarchie
Parmi les têtes d'affiche attendues à Paris figure Aonishiki Arata, 21 ans, né en Ukraine. Ce lutteur est l'un des rares non-Japonais à avoir atteint le rang suprême de yokozuna, le grade le plus élevé de la discipline. Arrivé à Tokyo en 2022, il a gravi les échelons à une vitesse fulgurante et s'est imposé auprès du public nippon. Dans un entretien accordé à L'Équipe, il confie vivre « désormais comme un Japonais ». Sa présence à Bercy suscite un intérêt particulier, d'autant que le sumo conserve une forte dimension traditionnelle et que les étrangers y sont encore peu nombreux au plus haut niveau.
Un Mongol de 150 kg comme autre attraction
Le tournoi comptera également sur la présence de Hoshoryu Tomokatsu, lutteur mongol également classé yokozuna. Avec ses 1,88 mètre et 150 kilogrammes, il fait partie des combattants les plus massifs de la discipline. Son style, qui privilégie les projections et le déséquilibrage de l'adversaire plutôt que son expulsion pure et simple de l'arène, en fait un spectacle très attendu par les amateurs.
Un public nombreux et une diffusion nationale
Les organisateurs escomptent plus de 10 000 spectateurs par jour dans l'enceinte de Bercy. La compétition sera retransmise en direct par France Télévisions, qui a annoncé sa diffusion à l'échelle nationale. La France se distingue comme le seul pays, en dehors du Japon, à avoir eu l'opportunité d'accueillir un tournoi de sumo de cette ampleur.
Ce retour du sumo à Paris doit beaucoup à l'impulsion donnée par Jacques Chirac, alors président de la République et grand amateur de ce sport, qui avait œuvré pour qu'un tournoi soit à nouveau organisé dans la capitale. Le coût et la complexité de la logistique avaient toutefois freiné sa concrétisation pendant trois décennies. L'édition 2026 marque donc une date importante pour les passionnés de culture japonaise et de sports de combat.