À Nanterre, l'émotion ne retombe pas. Trois ans jour pour jour après la mort de Nahel, abattu par un tir policier lors d'un contrôle, la commune voit l'Assemblée nationale adopter un texte qui pourrait selon ses habitants et élus locaux transformer en profondeur la relation entre les forces de l'ordre et la population. La proposition de loi, qui établit une présomption de légitime défense pour les policiers usant de leur arme de service, a été votée par 313 députés en première lecture le 7 juillet. Pour de nombreux Nanterriens, ce vote ravive un traumatisme jamais cicatrisé.

Dans les rues de la ville, le souvenir de la nuit du 27 juin 2023 reste prégnant. La mort de Nahel, 17 ans, avait alors déclenché des nuits d'émeutes dans plusieurs quartiers de France. Trois ans plus tard, des habitants interrogés sur le nouveau dispositif législatif expriment leur crainte d'un « permis de tuer » déguisé. Plusieurs associations locales dénoncent une mesure qui, selon elles, affaiblirait les possibilités de poursuites en cas de bavure policière. Le maire de Nanterre, dont le nom n'est pas précisé dans les sources, s'est publiquement alarmé d'une « rupture du lien de confiance » entre la population et les forces de l'ordre.

Un texte controversé examiné en urgence

Le gouvernement a eu recours à la procédure du vote bloqué pour faire adopter le texte en accéléré, limitant les amendements de l'opposition. La gauche parlementaire a immédiatement dénoncé une « régression démocratique », estimant que la présomption de légitime défense revient à inverser la charge de la preuve au détriment des victimes potentielles. Le chef du parti Les Républicains, Laurent Wauquiez, a au contraire salué une mesure nécessaire pour protéger les policiers face à ce qu'il a qualifié d'« égalité avec des barbares », reprenant une formule qui a suscité de vives réactions.

À Nanterre, les associations de défense des droits humains rappellent que la mort de Nahel avait conduit à la mise en examen du policier auteur du tir, pour homicide volontaire. L'affaire est toujours en instruction. Pour les familles des quartiers populaires de la ville, ce nouveau cadre légal envoie un signal inquiétant. « Cela donne l'impression que la parole des policiers prévaudra toujours sur celle des citoyens, surtout quand ils sont jeunes et racisés », confie une militante locale sous couvert d'anonymat.

Une « double peine » pour les familles de victimes

Plusieurs collectifs de soutien aux familles de victimes de violences policières ont manifesté devant l'Assemblée nationale lors du débat. À Nanterre, un rassemblement silencieux a eu lieu place de la République. Les participants brandissaient des portraits de Nahel et d'autres personnes décédées dans des circonstances similaires. Pour eux, la proposition de loi représente une « double peine » : d'abord la perte d'un proche, ensuite la difficulté accrue d'obtenir justice.

Les élus locaux de l'opposition de gauche ont également pris la parole. Un conseiller municipal a déclaré que « ce texte est un coup de poignard supplémentaire dans le dos des habitants de Nanterre, qui vivent déjà un sentiment d'abandon et de discrimination ». Il a appelé à un débat national sur le maintien de l'ordre et la formation des policiers, plutôt qu'à une réponse législative qu'il juge répressive.

Un calendrier parlementaire serré

Après son adoption en première lecture à l'Assemblée, le texte doit désormais être examiné par le Sénat. Le gouvernement souhaite une adoption définitive avant la fin de la session parlementaire. Les associations de défense des libertés publiques ont déjà annoncé leur intention de saisir le Conseil constitutionnel si la loi était promulguée. À Nanterre, l'attente est chargée d'angoisse. Trois ans après la mort de Nahel, la ville craint que cette réforme ne marque un tournant dans la justice au détriment des citoyens les plus vulnérables.

L'opposition parlementaire, de son côté, promet de continuer le combat. Plusieurs députés de gauche ont annoncé des recours et des mobilisations citoyennes pour tenter d'empêcher l'application de ce qu'ils considèrent comme une atteinte grave à l'équité judiciaire. Le débat, loin d'être clos, s'annonce encore vif dans les semaines à venir.