L’association Care France, spécialisée dans la lutte contre les inégalités et les violences faites aux femmes, a rendu publique une analyse chiffrée reliant l’augmentation des températures à celle des violences conjugales. Selon ses travaux, chaque degré supplémentaire au thermomètre entraîne une hausse de 4,7 % du nombre de ces actes recensés sur le territoire.
Les conclusions de l’étude s’appuient sur le croisement de données météorologiques et de statistiques judiciaires issues des services de police et de gendarmerie. Care France souligne que ce phénomène est particulièrement marqué lors des vagues de chaleur, lorsque les températures diurnes et nocturnes restent anormalement élevées pendant plusieurs jours consécutifs. L’organisation y voit un « lien direct » entre le stress thermique, les tensions domestiques exacerbées par l’inconfort, et la propension à des passages à l’acte violents.
Un mécanisme physiologique et social
Les chercheurs ayant participé à l’étude avancent plusieurs hypothèses pour expliquer cette corrélation. Sur le plan physiologique, la chaleur intense peut altérer la régulation de la sérotonine et de la dopamine, des neurotransmetteurs impliqués dans la gestion de l’humeur et de l’agressivité. Par ailleurs, les canicules contraignent les couples à rester confinés dans des logements souvent mal adaptés, sans possibilité de s’aérer ou de prendre du recul, ce qui accroît les frictions.
Care France insiste sur le fait que les femmes sont les premières victimes de cette hausse. L’association rappelle que la France recense déjà environ 220 000 victimes de violences conjugales chaque année, et que l’aggravation liée au réchauffement climatique pourrait encore alourdir ce bilan. Elle appelle les pouvoirs publics à intégrer cette dimension dans les plans de prévention des risques caniculaires.
Un appel à des mesures d’urgence
L’organisation recommande plusieurs actions concrètes : le déploiement de « refuges climatisés accessibles » pour les personnes vulnérables, le renforcement des maraudes et des lignes d’écoute pendant les épisodes de chaleur, ainsi que la formation des professionnels de santé et des forces de l’ordre à reconnaître les signes de violence exacerbée par la température.
Care France pointe également la nécessité d’une meilleure isolation des logements sociaux, où les températures intérieures peuvent devenir insoutenables lors des canicules, accentuant les risques de conflits. L’ONG estime que les politiques de rénovation énergétique doivent être conçues en tenant compte de ces enjeux de sécurité domestique.
Un constat qui rejoint des recherches internationales
Ces résultats ne sont pas isolés. Plusieurs études antérieures, menées aux États-Unis, en Inde ou en Australie, avaient déjà mis en évidence une corrélation entre la hausse des températures et l’augmentation des violences interpersonnelles, allant des agressions aux homicides. Care France s’inscrit dans cette lignée en apportant des données spécifiques au contexte français.
L’étude intervient alors que la France connaît des épisodes de chaleur de plus en plus fréquents et intenses, comme en témoigne la canicule qui frappe actuellement une partie du pays, avec des températures dépassant les 40 °C dans plusieurs départements placés en vigilance rouge par Météo-France.
Une question de santé publique
Au-delà des violences conjugales, Care France rappelle que la chaleur extrême est responsable de plus de 5 000 décès par an en France, un chiffre déjà documenté par d’autres organisations comme Oxfam. L’association estime que les violences conjugales doivent être traitées comme un enjeu de santé publique à part entière, au même titre que les coups de chaleur ou les déshydratations.
« Nous ne pouvons plus dissocier les politiques climatiques des politiques de protection des femmes », a déclaré la directrice de Care France dans un communiqué accompagnant la publication. « Chaque degré compte, et chaque action pour rafraîchir nos villes, nos logements et nos espaces publics est aussi une action contre les violences. »
L’étude complète est accessible sur le site de l’ONG. Care France espère que ses conclusions seront prises en compte dans les prochains plans canicule et dans les discussions parlementaires sur la transition écologique.