La pression populaire semble avoir eu raison de la direction militaire ukrainienne. Oleksandr Syrskyi, le commandant en chef des forces armées, est largement attendu comme le prochain départ au sein de l'état-major, après une semaine marquée par des manifestations d'une ampleur inédite à Kyiv. Des milliers de personnes se sont rassemblées chaque jour devant le bureau présidentiel pour réclamer son départ, scandant « Syrskyi dehors ! ». Certains brandissaient même des râpes à fromage, jeu de mots avec le nom du général qui évoque le mot « syr » (fromage) en ukrainien.

L'entourage de Volodymyr Zelensky a confirmé que le limogeage était désormais envisagé sérieusement. Le chef de cabinet de la présidence, dont l'identité n'a pas été officiellement précisée, a laissé filtrer que le gouvernement pourrait se séparer du commandant en chef dans les prochains jours. Cette déclaration intervient alors que Zelensky tente de désamorcer une crise politique déclenchée quelques jours plus tôt par le renvoi du ministre de la Transformation numérique, Mykhaïlo Fedorov. Ce dernier avait été limogé le 19 juillet, provoquant des protestations massives et une fronde au sein de la société civile.

Une crise politique qui s'étend au sommet militaire

Le départ annoncé de Syrskyi s'inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre le pouvoir civil et l'état-major. Si les motifs exacts de ce possible remaniement n'ont pas été officiellement communiqués, plusieurs analystes y voient la volonté de Zelensky de reprendre la main après des semaines de fuites et de critiques sur la conduite de la guerre. Les manifestations, qui ont rassemblé des proches de soldats ainsi que des activistes, reprochent notamment au général Syrskyi des décisions tactiques contestées et une gestion opaque des pertes.

Zelensky avait annoncé le 19 juillet des « conversations cruciales » avec des commandants militaires, sans donner de détails. Selon des sources proches du dossier, ces échanges auraient porté sur la nécessité de « renouveler » le commandement pour répondre aux attentes de la société. Le chef de l'État semble vouloir apaiser la rue tout en maintenant une stabilité relative sur le front.

La question du successeur

Aucun nom n'a encore été avancé pour remplacer Oleksandr Syrskyi à la tête de l'armée. Plusieurs figures militaires, dont le commandant des forces terrestres et le chef d'état-major adjoint, sont citées comme possibles successeurs, mais rien n'est confirmé. Le processus de sélection devrait être accéléré pour éviter un vide au sommet alors que l'Ukraine fait face à une pression militaire russe persistante.

Les manifestations, bien que pacifiques, ont été les plus importantes à Kyiv depuis le début de l'invasion russe en 2022. Elles témoignent d'une défiance croissante envers une partie de l'establishment militaire, perçu comme incapable de mener des opérations efficaces. Le limogeage de Syrskyi, s'il est confirmé, constituerait un tournant dans la gouvernance de la guerre et pourrait redonner un peu de souffle à un pouvoir exécutif mis sous pression.