Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a provoqué une onde de choc politique en écartant, le 16 juillet, son ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov. Agé de 35 ans, Fedorov n'aura passé qu'un semestre à la tête du ministère avant d'être remercié. Cette décision a immédiatement déclenché une vague de contestation populaire, des milliers de personnes se rassemblant sur la place Maïdan à Kiev dès le lendemain.
Les manifestants scandaient des slogans hostiles au commandant en chef de l'armée, le général Oleksandr Syrskyi, certains brandissant des pancartes au message dégradant, tandis que la foule reprenait en chœur « Syrskyi, va-t-en ! ». Une partie des protestataires exigeait ouvertement la destitution du général, accusé de freiner les réformes. Pour la première fois depuis le début de l'invasion russe en 2022, la rue ukrainienne s'en prend nommément au plus haut commandement militaire.
Les racines du conflit
Mykhaïlo Fedorov, artisan reconnu du programme de drones ukrainien, avait engagé une modernisation en profondeur de l'armée, mettant l'accent sur les nouvelles technologies, les robots et les drones. Cette approche, saluée comme un facteur des récents succès sur le front, l'a rendu extrêmement populaire auprès de l'opinion et d'une partie de la hiérarchie. Mais elle l'a mis en conflit direct avec le général Syrskyi, qui privilégie un commandement classique. Fedorov a accusé Syrskyi de « diviser le pays » et de bloquer les transformations nécessaires, tandis que Syrskyi a défendu sa stratégie, affirmant qu'elle produisait des résultats tangibles.
L'armée se fracture
Le limogeage a révélé des fissures profondes au sein de l'institution militaire. Un commandant adjoint de l'armée de l'air a présenté sa démission en signe de protestation contre l'éviction de Fedorov. Le général Mykhaïlo Drapaty, chef des forces interarmées, a publiquement pris la défense de l'approche du ministre sortant, exprimant son soutien à la ligne modernisatrice. Ces tensions mettent en lumière un débat stratégique sur la conduite de la guerre, alors que le pays fait face à une quatrième année de conflit.
Zelensky sous pression
Face à l'ampleur de la contestation, Volodymyr Zelensky a indiqué qu'il comprenait et écoutait les préoccupations de la population, mais il n'a pas annulé la décision. Selon des informations concordantes, le président envisagerait désormais de se séparer du général Syrskyi pour tenter de désamorcer la crise. Un tel scénario, s'il se confirmait, marquerait un nouveau remaniement majeur du commandement militaire en pleine guerre. L'opposition politique et les alliés occidentaux suivent la situation avec une attention soutenue.
La rue ne désarme pas
La mobilisation, qui s'est étendue à plusieurs villes du pays, ne faiblit pas. Un leader des manifestants, Dmitry Kozyatinskyi, a appelé à une nouvelle action spécifiquement dirigée contre Syrskyi, estimant que celui-ci est « occupé par la politique plutôt que par le front ». Des pancartes affichaient des messages comme « Rendez Fedorov » ou « Nous ne reculerons pas ». La rue ukrainienne, qui avait joué un rôle historique dans les moments clés de la vie politique nationale, semble déterminée à peser sur les choix du président.
L'onde de choc provoquée par le départ de Fedorov place Zelensky devant un dilemme : céder à la pression populaire ou maintenir son autorité envers et contre tout. L'armée, qui doit faire face à des défis opérationnels quotidiens, se trouve écartelée entre deux visions. L'issue de cette crise pourrait redéfinir durablement l'équilibre du pouvoir à Kiev.