La crise politique qui agite l'Ukraine depuis le limogeage surprise du ministre de la Défense, Mykhailo Fedorov, la semaine dernière, prend une nouvelle dimension. Des milliers de manifestants, réunis dans le centre de Kiev, réclament désormais le départ du commandant en chef de l'armée, le général Oleksandr Syrskyi, qu'ils accusent de perpétuer des pratiques héritées de l'ère soviétique.
Des protestations ciblées
Les organisateurs des rassemblements quotidiens, menés par des vétérans et des militants, ont fixé un ultimatum : si, d'ici le 24 juillet, le général Syrskyi n'est pas démis de ses fonctions et si Mykhailo Fedorov n'est pas nommé au poste de ministre de la Défense, une grève nationale illimitée sera lancée. Cette menace intervient alors que les manifestants, brandissant des pancartes « Fedorov est le ministre de la Défense » ou « Ne touchez pas à ce qui fonctionne », expriment leur colère dans un périmètre proche du palais présidentiel.
Le général Syrskyi, âgé de 60 ans, est perçu par une partie de l'opinion publique comme un symbole d'une doctrine militaire obsolète, en opposition avec le style moderne et réformateur de Fedorov, 35 ans. Ce dernier, artisan de la numérisation des services et de l'efficacité des approvisionnements militaires, avait été remercié par le président Volodymyr Zelensky dans des circonstances encore floues.
Consultations et tensions au sommet
Le chef de l'État a multiplié les entretiens avec ses ministres et ses généraux tout au long du week-end, dans l'espoir de désamorcer la crise. L'état-major général a dû démentir les rumeurs insistantes selon lesquelles le général Syrskyi aurait déjà été limogé, ou sur le point de l'être. Par ailleurs, des informations non confirmées suggèrent que Mykhailo Fedorov aurait refusé une proposition de réintégration à un autre poste gouvernemental.
Kyrylo Budanov, chef du bureau présidentiel, a appelé au calme, tout en reconnaissant que l'émotion suscitée par les derniers changements était forte. « La position de la société a été entendue », a-t-il écrit, avant de mettre en garde contre les risques de division interne, alors que « l'ennemi observe de près chaque dispute interne et attend que nous commencions à nous battre entre nous ». Il a promis que des résultats suivraient.
La défense du général Syrskyi
Dans une rare prise de parole publique, le général Syrskyi a publié une longue défense de son action, répondant aux critiques qui lui sont adressées. Il a notamment contesté l'idée d'une rivalité avec Mykhailo Fedorov, estimant que leur relation était « de travail » et qu'il avait été surpris d'apprendre l'existence d'un conflit. « Si j'ai offensé quelqu'un, Mykhailo Albertovych, je suis désolé », a-t-il écrit, avant de souligner la complexité des enjeux militaires, des contrats et de la mobilisation, bien plus nuancés que ne le laissent entendre les slogans des manifestants.
Un avenir incertain
Alors que la pression monte sur le président Zelensky, les observateurs s'interrogent sur la capacité du gouvernement à sortir de cette impasse. Le limogeage de Fedorov, très populaire au sein de la société civile pour ses réformes, a provoqué une onde de choc inédite depuis le début de la guerre. La tenue d'une protestation nationale illimitée, si l'ultimatum n'est pas respecté, pourrait aggraver une situation déjà tendue, tandis que les autorités tentent de maintenir l'unité nationale face à l'agression russe.