Les rassemblements de protestation n'ont pas faibli à Kiev, trois jours après l'éviction de Mykhaïlo Fedorov du poste de ministre de la Défense. Samedi soir, plus d'un millier d'Ukrainiens se sont retrouvés devant le théâtre national Ivan Franko pour la troisième journée consécutive, réclamant non seulement le retour du jeune réformateur mais aussi le départ du commandant en chef des armées, le général Oleksandr Syrsky.

« La corruption tue », « Non à la répression contre les militaires » ou encore « Syrsky dehors » : les slogans entendus traduisent un mécontentement qui s'est élargi au-delà du seul sort de l'ancien ministre. Des vétérans et des proches de soldats figuraient parmi les manifestants, illustrant une défiance inédite en temps de guerre envers la direction militaire.

Des nominations pour stabiliser l'appareil sécuritaire

Le président Volodymyr Zelensky a entrepris de redessiner la chaîne de commandement politique et sécuritaire pour endiguer la crise. Ievguen Khmara, qui assurait jusque-là l'intérim à la tête du Service de sécurité ukrainien (SBU), a été placé à la tête du ministère de la Défense par intérim. Ancien commandant de l'unité d'élite Alpha, il est connu pour son rôle dans les opérations spéciales et les frappes à longue portée, un profil qui permet à la présidence d'afficher une continuité avec la priorité donnée aux technologies militaires sous le mandat de Fedorov.

Parallèlement, Ihor Klymenko, jusqu'ici ministre de l'Intérieur, a été nommé à la direction du Conseil national de sécurité et de défense, une instance stratégique chargée de coordonner les principales institutions du secteur sécuritaire et militaire. Ces nominations resserrent autour du chef de l'État l'équipe en charge des dossiers les plus sensibles.

Des défections et des tensions au sommet de l'armée

Le limogeage de Fedorov a déjà provoqué une démission remarquée : celle de Pavlo Yelizarov, commandant adjoint de l'armée de l'air et figure centrale dans le développement des capacités ukrainiennes en matière de drones. Ce départ illustre les divisions apparues au grand jour au sein de l'appareil militaire.

D'autres hauts responsables ont cependant pris la parole pour défendre les réformes engagées ces derniers mois. Pour tenter d'apaiser les tensions, le président Zelensky a promis, après des discussions avec les principaux acteurs, de conserver une place importante pour Mykhaïlo Fedorov au sein du nouveau dispositif gouvernemental, sans toutefois préciser ses futures attributions.

La marge de manœuvre de Volodymyr Zelensky reste étroite : revenir sur ses choix affaiblirait son autorité, mais laisser la contestation s'installer risque d'approfondir les fractures déjà visibles au sommet de l'armée.