Une commission d’enquête créée par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a rendu, le 23 juin, un rapport accablant pour Israël. Ses membres affirment que les forces israéliennes ont « délibérément pris pour cible » des enfants palestiniens dans la bande de Gaza, en violation du droit international humanitaire. Le document, dont la teneur a été dévoilée dans la journée, s’inscrit dans la continuité des travaux engagés par cette instance depuis plusieurs mois.
Des conclusions sans précédent
Selon les enquêteurs, l’armée israélienne aurait intentionnellement visé des mineurs, tant dans les frappes aériennes que lors d’opérations au sol, en ne respectant pas le principe de distinction entre civils et combattants. La commission souligne que ces actes pourraient être qualifiés de crimes de guerre. Elle dénonce également « la poursuite d’un génocide » à Gaza, reprenant une terminologie déjà employée dans un précédent rapport publié en septembre 2025. À l’époque, la même instance avait estimé que les autorités et les forces de sécurité israéliennes avaient commis « quatre des cinq actes génocidaires » définis par la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide.
La méthodologie de la commission
Les experts de la commission, qui ne peuvent pas se rendre sur le terrain en raison du blocus et des hostilités, s’appuient sur des témoignages recueillis à distance, des images satellite, des dossiers médicaux et des rapports d’organisations humanitaires. Ils affirment avoir documenté des dizaines de cas où des enfants ont été tués dans des conditions qui, selon eux, ne peuvent être expliquées par des erreurs de ciblage ou des dommages collatéraux. Le rapport précise que les frappes ayant visé des écoles, des hôpitaux et des habitations abritant des familles ont causé la mort de plusieurs centaines d’enfants.
Les réactions internationales
La publication du rapport a suscité des réactions contrastées. Plusieurs États et organisations de défense des droits humains ont appelé à une enquête indépendante et à des sanctions. Israël, de son côté, a rejeté catégoriquement ces accusations, les qualifiant de « partiales et infondées ». Les autorités israéliennes rappellent qu’elles mènent une guerre contre le Hamas, qu’elles accusent d’utiliser les civils comme boucliers humains, et estiment que la commission ne tient pas compte de cette réalité.
Un contexte de guerre prolongée
Ces nouvelles accusations interviennent alors que la guerre à Gaza dure depuis plus de huit mois. Les bilans fournis par les autorités palestiniennes, qui ne distinguent pas toujours les combattants des civils, font état de plus de 37 000 morts, dont une majorité de femmes et d’enfants. Les experts onusiens soulignent que le nombre d’enfants tués dans cette guerre est « sans précédent dans les conflits récents » et que la destruction délibérée d’infrastructures essentielles à leur survie – hôpitaux, écoles, réseaux d’eau – aggrave la situation humanitaire.
Les implications juridiques
Ce rapport pourrait alimenter les procédures en cours devant la Cour pénale internationale (CPI) et la Cour internationale de justice (CIJ). Plusieurs États ont déjà saisi ces juridictions pour génocide présumé. La commission d’enquête affirme que ses éléments peuvent être utilisés comme preuves dans le cadre de poursuites pénales individuelles. Elle recommande au Conseil de sécurité de l’ONU de saisir la CPI et de prendre des mesures pour protéger les civils.
Le mandat de la commission
La Commission d’enquête internationale indépendante sur le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, a été créée en mai 2021 par le Conseil des droits de l’homme. Elle est composée de trois experts indépendants : Navi Pillay (ancienne haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme), Chris Sidoti et Amal Alamuddin Clooney. Son mandat consiste à enquêter sur les violations du droit international humanitaire et des droits de l’homme commises par toutes les parties dans les territoires palestiniens occupés et en Israël. Le nouveau rapport se concentre spécifiquement sur la période allant du 7 octobre 2023 à nos jours.