Les porteurs du projet Exalia, qui visaient à relancer partiellement le site chimique Vencorex de Pont-de-Claix, en Isère, ont annoncé ce mardi 9 juin l’« abandon définitif » de leurs ambitions. Ce renoncement, qualifié de « drame humain, industriel et stratégique » par les intéressés, intervient après des mois de tractations et d’espoir pour ce fleuron de la chimie française.
Le collectif, composé d’anciens salariés et d’industriels, déplore la « rigidité » de la procédure suivie. Selon eux, les contraintes juridiques et administratives liées à la reprise auraient empêché la concrétisation d’un plan pourtant jugé viable. Le projet Exalia prévoyait de sauvegarder une partie des emplois et de maintenir une activité de production sur le site, spécialisé dans les dérivés du chlore et les isocyanates, des composés essentiels à de nombreuses filières industrielles.
Un site historique en péril
L’usine Vencorex, implantée depuis plusieurs décennies dans la vallée de la chimie grenobloise, est un acteur majeur de l’industrie chimique française. Sa mise en difficulté, puis son placement en procédure collective, avaient suscité une vive inquiétude parmi les salariés et les élus locaux. La perspective d’un repreneur semblait s’être dessinée avec l’émergence du projet Exalia, porté par d‘anciens cadres et des partenaires industriels.
Ces derniers estiment avoir été confrontés à une « rigidité » procédurale insurmontable. Bien que les modalités exactes de cette rigidité ne soient pas détaillées dans les annonces publiques, les promoteurs du plan soulignent que les délais et les exigences imposés par la procédure judiciaire n‘étaient pas compatibles avec les impératifs industriels et les besoins de financement.
La fin d’un espoir pour l’emploi
Cet abandon définitif plonge le site et ses quelque 300 salariés dans une situation particulièrement délicate. Les porteurs du projet dénoncent « un drame humain, industriel et stratégique », estimant que la France perd à la fois des compétences rares et une capacité de production stratégique. La fermeture définitive de l’usine, qui était déjà envisagée en cas d'absence de repreneur, semble désormais inéluctable.
Les réactions politiques n’ont pas tardé. Plusieurs élus locaux et nationaux avaient soutenu le projet Exalia, y voyant la seule chance de préserver un tissu industriel déjà fragilisé dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. Le renoncement des porteurs de projet suscite de nombreuses interrogations sur la capacité du système judiciaire à traiter les dossiers de reprise d'entreprises en difficulté, en particulier dans des secteurs à haute technicité.
Des questions sur les procédures
Au-delà du cas Vencorex, cet échec relance le débat sur l’adaptation des procédures collectives aux enjeux industriels. Les porteurs du projet Exalia pointent du doigt une inadéquation entre les exigences de la loi et la réalité du terrain. Pour eux, les tribunaux de commerce et les administrateurs judiciaires manquent parfois de la flexibilité nécessaire pour sauver des sites complexes, où la remise en route des installations nécessite des délais et des investissements importants.
L'avenir du site de Pont-de-Claix reste donc très incertain. Sans repreneur, les actifs industriels pourraient être démantelés, et le foncier reconverti. Les porteurs du projet Exalia, en jetant l’éponge, clôturent un chapitre, mais laissent derrière eux un lourd constat d’échec pour tout un territoire.