Le chef du gouvernement britannique, Keir Starmer, a prononcé ce jeudi 2 juillet devant la Chambre des communes des excuses officielles au nom de l’État pour le scandale des adoptions forcées qui a marqué l’Angleterre et le pays de Galles au milieu du XXe siècle. Il a qualifié ces pratiques de « tache dans notre histoire » (stain on our history) et a insisté sur le fait que la honte incombait aux institutions et non aux victimes.

Environ 185 000 nourrissons ont été retirés à leur mère durant les années 1950, 1960 et 1970. Des milliers de femmes, souvent jeunes, vulnérables et sans soutien, ont été contraintes ou poussées, par des pressions psychologiques et des tromperies, à abandonner leur enfant. « La honte n’est pas la vôtre. La honte n’a jamais été la vôtre. La honte est nôtre », a déclaré le Premier ministre dans son discours parlementaire.

Des institutions impliquées

Starmer a souligné que ces adoptions forcées n’étaient ni des actes isolés ni accidentels, mais des pratiques « ancrées » au sein des collectivités locales, des organisations religieuses et de certaines branches de ce qui est aujourd’hui le système de santé publique (NHS). « Toutes ces institutions disposaient d’un pouvoir sur la vie des gens, mais elles ont agi sans compassion, sans consentement, et sans dignité ni garanties appropriées », a-t-il ajouté.

Les mères célibataires étaient particulièrement visées, en raison de la stigmatisation sociale qui pesait sur elles. Des employés du secteur public – médecins, infirmières, travailleurs sociaux – participaient activement à ces pressions en faveur de l’adoption.

Des années de mobilisation

Cette annonce intervient après de longues années de combat mené par les mères concernées, les enfants adoptés et leurs familles, ainsi qu’à la suite de plusieurs rapports parlementaires. En mars dernier, une commission de l’éducation de la Chambre des communes avait recommandé au gouvernement de présenter des excuses urgentes pour le rôle de l’État dans ces pratiques. Ce rapport concluait que les décisions gouvernementales avaient « façonné un environnement dans lequel les mères célibataires étaient souvent stigmatisées et contraintes de faire adopter leur enfant ».

Un précédent rapport de la commission mixte des droits de l’homme, publié en 2022, avait déjà appelé à des excuses officielles, sans suite sous le précédent gouvernement conservateur.

Le témoignage d’une ancienne députée

Avant la déclaration du Premier ministre, des victimes ont été reçues au 10 Downing Street. Parmi elles, l’ancienne députée travailliste Ann Keen, qui avait été envoyée dans une maison maternelle à Swansea en 1966, à l’âge de 17 ans. « Je n’ai pas eu mon mot à dire » sur l’adoption de son fils, a-t-elle confié. « Nous avons tous besoin de ces excuses, car on nous a toujours accusées d’avoir abandonné nos bébés, alors que nous ne les avons pas abandonnés », a-t-elle ajouté. Elle a dit espérer « être libérée de ma honte » par cette reconnaissance officielle.

Quelles suites ?

Le rapport parlementaire de mars s’est gardé de recommander une compensation financière pour les victimes, mais il a invité le gouvernement à « examiner rigoureusement » comment d’autres pays ont traité des cas similaires d’adoptions forcées, citant notamment l’Australie, l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Les associations de victimes attendent désormais des mesures concrètes pour faciliter l’accès aux dossiers d’adoption et soutenir les démarches de réunification familiale.