Le chef du gouvernement a prononcé une déclaration devant la Chambre des communes pour reconnaître la responsabilité de l’État dans ce qu’il a qualifié de « tache sur notre histoire ». Environ 185 000 nourrissons ont été retirés à leur mère durant cette période, souvent sous la pression de professionnels de santé ou d’assistants sociaux, en raison de la stigmatisation sociale frappant les mères célibataires.
Des pratiques institutionnalisées
Keir Starmer a affirmé que ces adoptions ne relevaient pas d’actes isolés mais de pratiques « ancrées » au sein des collectivités locales, des organisations religieuses et de ce qui constitue aujourd’hui le système de santé public. « Des mères, souvent jeunes, vulnérables et sans soutien, ont été contraintes, harcelées ou induites en erreur pour qu’elles acceptent que leurs enfants leur soient enlevés », a-t-il déclaré. « La honte n’est pas la vôtre. La honte n’a jamais été la vôtre. La honte est la nôtre », a-t-il ajouté en s’adressant aux victimes.
Un combat de longue date
Cette annonce fait suite à des années de mobilisation de la part des mères concernées, des personnes adoptées et de leurs familles, ainsi qu’à plusieurs rapports parlementaires. En mars dernier, une commission d’enquête de la chambre basse avait recommandé au gouvernement de présenter des excuses pour son rôle dans ces pratiques. Un précédent rapport de la commission conjointe des droits de l’homme avait déjà formulé cette demande en 2022, sans suite sous l’exécutif conservateur alors en place.
Des témoignages poignants
Avant son intervention, Keir Starmer a reçu à Downing Street un groupe de militants et de victimes. Parmi eux, l’ancienne députée travailliste Ann Keen a confié avoir été envoyée dans une maison pour mères célibataires à Swansea en 1966, alors âgée de 17 ans, et avoir « perdu tout pouvoir de décision » sur l’adoption de son fils. « Nous avons tous besoin de ces excuses parce que nous avons toujours été accusées d’avoir abandonné nos bébés, alors que nous ne les avions pas abandonnés », a-t-elle expliqué.
Pas de compensation financière pour l’instant
Le rapport parlementaire de mars s’était abstenu de recommander une indemnisation pécuniaire, mais avait appelé à améliorer l’accès aux registres d’adoption et à renforcer l’aide aux personnes souhaitant retrouver leurs proches. Il préconisait également d’examiner comment d’autres pays, comme l’Australie ou l’Irlande, ont traité ces questions. Le gouvernement n’a pas encore annoncé de mesures de réparation financière.
Un pas vers la reconnaissance
Pour nombre de victimes, ces excuses constituent une étape cruciale vers la reconnaissance d’un traumatisme longtemps ignoré par les autorités. Des campagnes de sensibilisation se poursuivent pour obtenir des droits d’accès aux dossiers et des dispositifs de soutien psychologique et administratif.