Les résultats provisoires des élections législatives du 2 juillet en Algérie, annoncés lundi par l'Autorité nationale indépendante des élections (Anie), confirment une abstention massive sans précédent. Seuls 21,24 % des électeurs inscrits se sont rendus aux urnes, un record de désaffection dans l'histoire du pays, inférieur même aux 23 % du scrutin de 2021.

Le Front de libération nationale (FLN), formation historique au pouvoir, arrive en tête avec 90 sièges sur les 407 de l'Assemblée populaire nationale, selon les chiffres communiqués par le président par intérim de l'Anie, Karim Khelfane, lors d'une conférence de presse. Ce score, bien qu'en tête, reflète une base électorale réduite dans un contexte de rejet du vote.

Un scrutin marqué par la désaffection

Dès le jour du vote, les autorités avaient prolongé d'une heure l'ouverture des bureaux « pour permettre aux électeurs d'exercer leur droit », mais la mesure n'a pas inversé la tendance. La campagne électorale, qualifiée de terne par de nombreux observateurs, s'est déroulée en plein Mondial de football et sous une chaleur accablante, deux facteurs qui ont pesé sur la mobilisation.

« L'abstention n'est pas une spécificité algérienne », a déclaré Karim Khelfane, comparant la situation aux « vieilles démocraties » d'Europe, d'Amérique et d'Asie, tout en se félicitant de la « transparence » du scrutin. Cette justification n'a pas dissipé les critiques d'une partie de la société civile et de l'opposition, qui y voient un rejet des partis traditionnels et du système politique.

Contexte de répression du Hirak

Les législatives de 2021 s'étaient tenues dans le sillage du Hirak, un mouvement de contestation populaire inédit né en février 2019, qui avait conduit à la démission du président Abdelaziz Bouteflika. Mais les autorités ont depuis progressivement réprimé toute expression contestataire : interdiction des rassemblements justifiée par la pandémie de Covid-19, puis incarcération des figures de proue du Hirak à partir de mars 2020.

Le président Abdelmadjid Tebboune, élu en décembre 2019 et reconduit en 2024, gouverne un pays toujours marqué par de fortes attentes sociales et économiques, notamment chez les jeunes. Les ONG de défense des droits humains dénoncent un contrôle accru de l'espace public et l'absence de libertés politiques réelles.

Avec un parlement issu d'un scrutin boycotté par les trois quarts des électeurs, la légitimité des institutions représentatives est plus que jamais questionnée. Le FLN, bien que premier parti, devra composer avec une chambre affaiblie par une abstention record, symbole d'une crise de confiance profonde entre la population et sa classe politique.