L'ONG Amnesty International a rendu publiques, ce mercredi 1er juillet, les conclusions d'une enquête accablante sur la conduite des Forces de soutien rapide (FSR) paramilitaires lors de l'offensive qui s'est soldée par la chute d'El-Fasher, capitale de l'État du Darfour-Nord. Selon le document intitulé « Ville assiégée, enfants sous le feu : crimes contre l'humanité des Forces de soutien rapide au Darfour-Nord », les combattants de cette milice se sont livrés à des actes de nettoyage ethnique et à d'autres crimes contre l'humanité durant le blocus prolongé et la capture de la cité.

L'enquête d'Amnesty International s'appuie sur les témoignages de 247 victimes ou témoins directs, recueillis entre le début de l'année 2024 et octobre 2025 dans la région du Darfour-Nord. Les chercheurs ont mis en évidence une série d'attaques systématiques dirigées contre les localités périphériques d'El-Fasher où réside majoritairement la communauté Zaghawa, un groupe ethnique implanté dans l'Ouest du Darfour. Ces assauts méthodiques, intervenus dans le cadre du siège de la ville, constituent selon l'ONG des éléments constitutifs d'un crime contre l'humanité.

Le conflit civil qui oppose l'armée soudanaise aux FSR a éclaté en 2023 et a déjà fait des dizaines de milliers de morts tout en provoquant le déplacement forcé de plusieurs millions de personnes. Dans ce contexte de guerre totale, la mission d'enquête indépendante mandatée par l'Organisation des Nations unies avait déjà estimé, en février dernier, que l'assaut lancé en 2025 sur El-Fasher portait les « signes distinctifs d'un génocide », une qualification grave qui renforce les alertes répétées de la communauté internationale.

Réactions et précédents

Ce nouveau rapport s'inscrit dans une série d'alertes émises ces derniers mois par diverses ONG et organisations multilatérales. Fin juin, plusieurs capitales occidentales avaient conjointement mis en garde contre un risque imminent d'« atrocités de masse » dans la ville d'El-Obeid, située plus à l'est. Les autorités américaines avaient également, le 22 juin, évoqué la possibilité de violences de grande ampleur dans cette même localité. Le 21 juin, pas moins de 29 pays avaient publié une déclaration commune exprimant leur vive inquiétude face à la détérioration de la situation humanitaire et sécuritaire au Soudan.

Les conclusions d'Amnesty International viennent ainsi corroborer et approfondir les signalements antérieurs, en apportant une documentation précise et circonstanciée des exactions attribuées aux FSR sur le théâtre d'El-Fasher. L'organisation réclame désormais que les responsables de ces actes répondent de leurs actes devant la justice, alors que la guerre civile soudanaise ne montre aucun signe d'apaisement.