L'organisation Amnesty International a rendu public un rapport accablant sur les exactions commises par les Forces de soutien rapide (FSR) lors de la bataille d'El-Fasher, dans l'ouest du Soudan. Le document, publié mercredi, affirme que les paramilitaires ont perpétré des « crimes contre l'humanité » et un « nettoyage ethnique » durant leur campagne de seize mois pour s'emparer de cette ville clé du Darfour-Nord.
Des violences systématiques et ciblées
Selon l'enquête d'Amnesty, menée auprès de plus de deux cents survivants et appuyée par l'analyse de quatre-vingt-neuf vidéos et d'images satellite, les FSR se sont livrées à des meurtres, des transferts forcés, des emprisonnements, de la torture, des viols, de l'esclavage sexuel et d'autres formes de violence sexuelle, de l'esclavage, de l'extermination et de la persécution. La secrétaire générale d'Amnesty International, Agnès Callamard, a souligné que les enfants n'ont pas été des dommages collatéraux : « Ils ont souvent été délibérément ciblés et ont énormément souffert. Ils ont été tués, blessés, violés, enlevés et recrutés de force à une échelle massive. »
La dimension ethnique des atrocités
Les chercheurs d'Amnesty indiquent que de nombreuses victimes ont été ciblées en raison de leur identité ethnique. Les combattants arabes des FSR visaient délibérément les membres des communautés non arabes locales. Le rapport précise que les preuves recueillies « peuvent être pertinentes pour le crime de génocide ». Un adolescent de dix-sept ans, qui se déplace désormais avec des béquilles après avoir été abattu lors d'une attaque à Abu Zerega, au sud d'El-Fasher, a raconté : « Ils m'ont ligoté et battu avec des bâtons et la crosse d'un AK-47. Puis l'un d'eux s'est approché sur un chameau et… m'a tiré dans la jambe. » Il a affirmé que huit de ses cousins, dont quatre garçons âgés de onze à dix-sept ans, avaient été tués dans la même attaque.
Un conflit qui s'étend
Le rapport d'Amnesty s'inscrit dans un contexte de guerre civile qui dure depuis trois ans au Soudan, opposant l'armée régulière aux FSR. Le conflit a fait des centaines de milliers de morts et contraint plus de quatorze millions de personnes à fuir leur foyer. Les Nations unies ont également signalé l'utilisation généralisée de violences sexuelles contre les hommes, les femmes et les enfants comme arme de guerre. Les FSR ont reconnu certaines violations, mais insistent sur le fait que l'ampleur des atrocités est exagérée.
Siège et chute d'El-Fasher
Après avoir été chassées de la capitale, Khartoum, en mars de l'année dernière, les FSR ont concentré leurs efforts sur la région du Kordofan et la ville d'El-Fasher. Le siège de dix-huit mois a été l'un des épisodes les plus sanglants de la guerre. Selon l'ONU, plus de six mille personnes ont péri à El-Fasher l'an passé. Les deux parties au conflit, les FSR et l'armée soudanaise, ont été accusées d'atrocités. Le rapport d'Amnesty se concentre toutefois spécifiquement sur les crimes imputés aux paramilitaires, dont la campagne a été marquée par une violence extrême et systématique contre les civils.