Cinq jours après les puissants séismes qui ont frappé le nord du Venezuela, les opérations de secours se heurtent à un obstacle inattendu : l'afflux massif de volontaires, bien qu'animé par une solidarité louable, entrave les interventions des équipes professionnelles. Le gouvernement a revu à la hausse le bilan humain, portant à 1 719 le nombre de morts, avec 5 034 blessés et 15 866 personnes déplacées, selon les chiffres officiels communiqués lundi 29 juin.
Dans l'État de La Guaira, le plus touché, les responsables sanitaires traitent environ 750 corps par jour, ce qui laisse présager une aggravation du bilan dans les jours à venir. Le coordinateur des Nations unies au Venezuela, Gianluca Rampolla, a estimé que le nombre de bâtiments effondrés laissait craindre un nombre bien plus élevé de victimes. Plusieurs semaines pourraient être nécessaires avant de connaître l'ampleur réelle de la catastrophe.
Volontaires non formés, un frein aux secours
Face à l'urgence, des centaines de citoyens se sont précipités sur les zones sinistrées pour participer aux recherches. Mais leur manque de formation et d'équipement adapté a rapidement posé problème. Des témoins rapportent que ces volontaires, souvent dépourvus de gants, de casques ou d'outils spécialisés, s'engagent sur des décombres instables, risquant à la fois leur propre vie et celle des éventuels survivants. Les équipes de sauvetage officielles, déjà sous-effectives et confrontées à des pénuries de matériel, doivent consacrer du temps à encadrer ces bénévoles, ralentissant les opérations.
« Nous sommes débordés par la bonne volonté, mais cela complique notre travail », a confié un secouriste sur place. Les autorités ont tenté de canaliser cet élan en organisant des points de rassemblement, mais la situation reste chaotique dans de nombreux quartiers.
Pénuries d'équipement et logistique défaillante
Au-delà de l'afflux de volontaires, les secouristes doivent composer avec un manque chronique d'équipement de sauvetage. Les stocks de détecteurs de vie, de vérins hydrauliques et de grues sont insuffisants, et l'état des routes, obstruées par les décombres et les glissements de terrain, complique l'acheminement du matériel. Des coupures d'électricité persistantes paralysent également certains secteurs, rendant l'utilisation de scies électriques ou d'éclairage impossible.
À Caracas, la capitale, des files de personnes se pressent devant une morgue publique dans l'espoir de retrouver leurs proches disparus, dont beaucoup se trouvaient à La Guaira au moment des séismes. Les déplacements sont rendus difficiles par les routes bloquées et l'absence de réseau téléphonique fiable, ce qui empêche souvent les familles de se contacter.
Un bilan qui pourrait encore s'alourdir
Les deux séismes, de magnitude 7,2 et 7,5, ont frappé mercredi 24 juin, provoquant des destructions massives le long de la côte caraïbe et dans les zones montagneuses proches de la capitale. Alors que les recherches se poursuivent, les espoirs de retrouver des survivants s'amenuisent. Les experts jugent probable que le nombre de morts continue d'augmenter à mesure que les débris sont déblayés.
Face à cette crise, plusieurs pays ont proposé leur aide. Les États-Unis ont promis une assistance d'urgence « massive et rapide », tandis que d'autres nations ont envoyé des équipes de secours et du matériel. Toutefois, la coordination de l'aide internationale reste un défi logistique dans un pays déjà fragilisé par des années de crise économique et politique.
L'afflux de volontaires, symbole de la résilience de la population vénézuélienne, met aussi en lumière les lacunes des dispositifs d'urgence et la nécessité d'une gestion plus structurée de la solidarité spontanée en temps de catastrophe.