Le Venezuela est confronté à une catastrophe humanitaire de grande ampleur après les deux puissants séismes qui ont frappé le pays le 24 juin, de magnitudes 7,2 et 7,5. Selon les chiffres communiqués par l'Assemblée nationale, le nombre de victimes s'élève désormais à plus de 2 295 morts, et plus de 11 000 blessés ont été recensés. L'Organisation des Nations unies a prévenu que ce bilan pourrait encore grimper jusqu'à 10 000 décès. Alors que les hôpitaux sont submergés et que l'aide des autorités centrales se fait attendre dans de nombreuses localités, ce sont les citoyens ordinaires qui ont pris en charge l'essentiel des opérations de sauvetage et de distribution de secours.
Une mobilisation citoyenne face à l'absence de l'État
À Catia la Mar, ville côtière de l'État de La Guaira, Andreina Velasquez témoigne de l'élan de solidarité qui anime les habitants. Son immeuble de plusieurs étages s'est effondré « comme un château de cartes », dit-elle. Elle avait quitté son appartement quelques heures avant la première secousse pour faire faire une clé et se trouvait à la plage lorsque la terre a tremblé. Ses voisins, en revanche, n'ont pas survécu. Malgré son chagrin, elle distribue chaque jour des masques aux passants pour les protéger de la poussière âcre qui s'échappe des décombres et des odeurs nauséabondes. « Je suis là tous les jours. D'autres personnes sont venues aider, mais elles n'ont ni casques, ni gants, ni masques. C'est pour ça que je donne un coup de main », explique-t-elle.
Des scènes similaires se répètent dans les zones les plus sinistrées. Les experts constatent que ce sont les volontaires et les réseaux de voisinage qui assurent l'essentiel de la réponse humanitaire, faute de moyens étatiques suffisants. Carolina Jimenez, présidente du Bureau de Washington pour l'Amérique latine (WOLA), un groupe de recherche et de plaidoyer, souligne le décalage entre la réaction citoyenne et celle des pouvoirs publics : « Dans tout autre pays, le premier intervenant devrait être l'État. Dans le cas du Venezuela, l'État a été le dernier intervenant. »
Un État critiqué pour sa lenteur
Selon les habitants et les responsables locaux, l'aide fédérale n'est arrivée dans certaines parties de La Guaira que le dimanche 28 juin, soit trois jours après les séismes. Dans d'autres secteurs, elle n'a toujours pas été déployée. Les critiques envers le gouvernement se multiplient, tant pour le manque de moyens que pour la lenteur de la réaction. Carolina Jimenez assure que la colère monte face à une réponse qu'elle juge défaillante : « La réponse est venue des citoyens, de la société civile, des travailleurs humanitaires, des bénévoles – mais pas du gouvernement. »
Cette situation aggrave la détresse des sinistrés. Les hôpitaux, déjà fragilisés par la crise économique qui frappe le pays depuis des années, sont débordés par l'afflux de blessés. Les équipes de secours improvisées manquent d'équipements de base comme des casques, des gants ou des masques, exposant les volontaires à des risques sanitaires et à des effondrements secondaires.
Un bilan humain qui pourrait encore s'alourdir
Les deux séismes ont provoqué des destructions massives dans les États côtiers, notamment La Guaira, au nord de Caracas. Les bâtiments effondrés, les routes coupées et les communications perturbées compliquent l'acheminement des secours. Les autorités locales réclament des moyens supplémentaires, alors que les opérations de recherche de survivants se poursuivent sous les décombres. L'ONU a prévenu que le nombre de morts pourrait être multiplié par quatre si les conditions ne s'améliorent pas rapidement.
Alors que la communauté internationale s'organise pour apporter une aide d'urgence, l'efficacité de la distribution sur le terrain reste incertaine. La coordination entre les initiatives citoyennes et les organisations humanitaires internationales s'annonce cruciale pour éviter une aggravation de la catastrophe. Pour Andreina Velasquez et des milliers de Vénézuéliens comme elle, l'urgence est immédiate : face à un État qui peine à répondre, la solidarité de proximité reste le seul recours.