Le 20 juin 2026, l’Institut Louis Joinet a rendu publique une expertise commandée par la congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur de Bétharram. Ce rapport, qui s’appuie sur l’analyse de milliers de témoignages et d’archives, établit que « près d’un enfant sur trois est susceptible d’avoir été victime » de violences qualifiées de « systémiques » et « assimilables à du sadisme et de la torture ». L’étude couvre plusieurs décennies d’activité de l’établissement scolaire, situé dans les Pyrénées-Atlantiques.
Des chiffres qui donnent la mesure du drame Selon les estimations de l’Institut, entre 700 et 1 500 élèves auraient subi des violences physiques, psychologiques ou sexuelles durant leur scolarité. Le rapport met en lumière un fonctionnement institutionnel où les châtiments corporels et les humiliations étaient monnaie courante, tolérés voire organisés par une partie de l’encadrement. Les auteurs de l’enquête soulignent que ces pratiques s’inscrivaient dans « un système de domination » et que les victimes, souvent des enfants, étaient privées de toute possibilité de se défendre ou de se faire entendre.
Une réaction contrastée des parties prenantes La congrégation religieuse, qui a sollicité cette étude, a déclaré prendre acte des conclusions et a présenté ses excuses aux victimes. Elle affirme vouloir « tirer toutes les conséquences » de ce travail et renforcer ses dispositifs de prévention. Cependant, le collectif de victimes de Bétharram a exprimé de vives réserves. Dans une déclaration transmise à la presse, ses représentants estiment que cette enquête, bien que tardive, constitue une reconnaissance officielle des faits. Ils regrettent néanmoins que la parole leur ait « à nouveau été confisquée », la congrégation ayant mené ce travail « sans les associer ».
Des appels à la justice renforcée Plusieurs associations de défense des droits de l’enfant ont salué la publication du rapport, tout en appelant à ce qu’il serve de base à de nouvelles procédures judiciaires. Elles rappellent que de nombreuses plaintes ont été déposées ces dernières années, mais que certaines ont été classées sans suite ou ont abouti à des condamnations jugées trop légères. L’enquête de l’Institut Louis Joinet pourrait permettre de rouvrir des dossiers prescrits, en apportant un éclairage global sur l’ampleur des violences.
Un contexte marqué par la libération de la parole L’affaire Bétharram a été relancée à la suite de témoignages d’anciens élèves, dont certains occupent aujourd’hui des fonctions publiques. Le scandale a conduit à une série de révélations sur les méthodes éducatives violentes pratiquées au sein de l’établissement catholique, qui accueillait des pensionnaires de la maternelle au lycée. Le rapport de l’Institut Louis Joinet vient s’ajouter à d’autres expertises commandées par des institutions religieuses dans le cadre de la lutte contre les abus sexuels et physiques sur mineurs.
Les autorités judiciaires, saisies de plusieurs plaintes, n’ont pas encore réagi officiellement aux conclusions de ce document. Les victimes, de leur côté, espèrent que cette nouvelle étape permettra d’aboutir à une reconnaissance complète de leur souffrance et à des mesures de réparation adaptées.