Près de 500 000 lycéens de première générale ont planché, ce vendredi, sur la première édition de l'épreuve anticipée de mathématiques du baccalauréat 2026. Cette nouvelle mouture, qui remplace l’ancienne formule de l’examen national, a été conçue pour évaluer les compétences fondamentales des élèves dans la discipline. Si l’instauration d’une épreuve dédiée en fin de première est largement approuvée par la communauté éducative, les enseignants interrogés jugent son niveau insuffisant pour préparer les élèves aux études supérieures.
Un format sans calculatrice qui interroge L’une des principales particularités de cette session réside dans l’interdiction de la calculatrice. Les candidats ont dû résoudre des exercices portant sur les fonctions, les équations, les suites ou encore la géométrie en s’appuyant uniquement sur leurs connaissances théoriques et leur capacité de calcul mental ou écrit. Les sujets publiés par le ministère de l’Éducation nationale comprennent notamment la vérification qu’un réel donné est solution d’une équation, l’étude des variations d’une fonction ou encore le calcul d’une somme de termes d’une suite arithmétique. Pour les professeurs, ce choix pédagogique vise à recentrer l’évaluation sur la maîtrise des concepts fondamentaux, loin de la dépendance aux outils numériques. Toutefois, plusieurs d’entre eux estiment que ce format pénalise inutilement certains élèves, notamment ceux qui ont des difficultés en calcul, sans pour autant mesurer leur véritable compréhension des mathématiques.
Un niveau jugé trop faible Au-delà de la question du matériel autorisé, c’est le contenu même des épreuves qui suscite des réserves. Des enseignants considèrent que les exercices proposés restent trop éloignés des exigences du supérieur, en particulier dans les filières scientifiques. « L’épreuve est correcte pour valider les bases, mais elle ne prépare pas aux attendus des classes préparatoires ou des licences de sciences », résume un professeur de lycée parisien. D’autres soulignent que le programme de première ne couvre qu’une partie des notions nécessaires, et que l’épreuve, conçue pour être accessible à tous, manque de questions plus poussées pour distinguer les élèves les plus performants. Ce constat rejoint des craintes exprimées en amont de la réforme : certains craignaient que l’examen ne soit trop simple pour constituer un réel indicateur de niveau.
Un consensus sur la nécessité d’une épreuve Malgré ces critiques, l’ensemble des acteurs consultés reconnaît l’utilité d’une évaluation nationale anticipée. Jusqu’à présent, les mathématiques n’étaient pas systématiquement testées au baccalauréat général dans le cadre d’une épreuve terminale, ce qui fragilisait, selon les spécialistes, le suivi de la progression des élèves. La mise en place de cette épreuve obligatoire en première vise à garantir que tous les lycéens acquièrent un socle commun de compétences mathématiques avant d’aborder la terminale. Pour certains enseignants, l’essentiel est que cette épreuve existe ; ils espèrent que son contenu pourra être relevé progressivement, en fonction des retours d’expérience des premiers candidats.
Le rôle de la réforme du lycée Cette nouvelle épreuve s’inscrit dans le cadre plus large de la réforme du baccalauréat et du lycée général, engagée depuis plusieurs années. Les mathématiques, qui avaient perdu leur caractère obligatoire dans le tronc commun au profit d’un enseignement de spécialité, retrouvent une place centrale grâce à cette évaluation anticipée. Les sujets de la session 2026, rendus publics par le ministère, montrent une volonté de revenir à des exercices classiques, avec des questions de cours, des démonstrations et des applications directes. Les correcteurs, quant à eux, devront se montrer attentifs à la diversité des profils d’élèves, d’autant que l’épreuve compte pour une part significative dans la note finale du baccalauréat.
Des pistes d’amélioration Plusieurs syndicats d’enseignants et associations de professeurs de mathématiques ont déjà formulé des propositions pour améliorer cette épreuve. Parmi elles, le rétablissement d’une partie avec calculatrice pour aborder des problèmes plus complexes, l’introduction d’exercices de modélisation ou encore l’allongement du temps accordé. D’autres suggèrent de coupler cette épreuve avec un oral de mathématiques, afin d’évaluer la capacité des élèves à raisonner et à argumenter. À l’heure du bilan, le ministère devrait prendre en compte ces retours pour ajuster le dispositif des prochaines années. En attendant, les 500 000 candidats de cette première promotion devront attendre les résultats pour savoir si leur travail a porté ses fruits.