Bill Gates, cofondateur de Microsoft et figure majeure de la philanthropie mondiale, doit être entendu mercredi devant une commission du Congrès américain au sujet de ses relations passées avec le financier déchu Jeffrey Epstein, condamné pour crimes sexuels. L’audition, qui se déroule à Washington, intervient alors que des documents publiés récemment par le ministère de la Justice ont mis en lumière l’ampleur des interactions entre les deux hommes.

Gates s’est présenté de lui-même aux enquêteurs, indiquant qu’il saisissait cette occasion pour répondre aux interrogations des élus de la commission de la surveillance et des réformes de la Chambre. Il a réitéré qu’il n’a commis aucun acte répréhensible et qu’il ignorait les activités illégales d’Epstein. Dans un entretien télévisé plus tôt cette année, il avait reconnu avoir fait preuve d’un « mauvais jugement » en fréquentant Epstein : « J’ai été idiot de passer du temps avec lui. Je suis l’une des nombreuses personnes qui regrettent de l’avoir connu », a-t-il déclaré.

Epstein s’est suicidé en prison en 2019 alors qu’il attendait son procès. Ghislaine Maxwell, sa complice de longue date, purge une peine de vingt ans de réclusion. Le ministère de la Justice a récemment rendu publics plus de trois millions de pages de documents liés à l’enquête criminelle, dans lesquels le nom de Gates apparaît des milliers de fois. Une image non datée diffusée par les autorités montre Gates près d’un avion en présence du pilote d’Epstein. D’autres clichés le montrent le bras passé autour d’Epstein, entouré de femmes non identifiées.

1. Pourquoi Gates a-t-il fréquenté un délinquant sexuel condamné ?

Gates a expliqué que leur relation était transactionnelle et centrée sur des discussions philanthropiques et un éventuel financement de sa fondation, qui ne s’est jamais concrétisé. Leurs échanges auraient débuté en 2011, trois ans après la condamnation d’Epstein en Floride pour sollicitation de prostitution, notamment auprès d’une mineure de moins de 18 ans. Les deux hommes ont encore eu des contacts en 2014. Le député démocrate Robert Garcia, membre de la commission, a déclaré lundi que Gates communiquait encore avec Epstein « même après que des informations horribles sur lui et ses actes étaient publiques ». Il a ajouté : « Nous voulons demander à M. Gates pourquoi il a poursuivi cette relation, qui d’autre il a vu, ce qu’il sait d’autre, et qui d’autre nous devrions convoquer. »

2. Pourquoi Gates n’a-t-il pas cherché à en savoir plus sur le passé d’Epstein ?

En février, Gates a confié à des employés de sa fondation qu’il avait entendu parler d’une « affaire de dix-huit mois » qui avait limité les déplacements d’Epstein, mais qu’il n’avait pas vérifié ses antécédents. Les parlementaires pourraient contester cette version, estimant qu’il est peu vraisemblable qu’un « titan de la sphère informationnelle » comme Gates soit resté largement ignorant de détails déjà publics durant une période où il côtoyait Epstein de façon régulière.

3. Epstein a-t-il tenté d’influencer Gates, ou l’inverse ?

Dans la lettre invitant Gates à témoigner, la commission estimait qu’il détenait des informations utiles sur la manière dont Epstein et Maxwell « ont cherché à gagner les faveurs et à exercer une influence pour protéger leurs activités illégales ». Epstein entretenait des liens étroits avec de nombreuses personnalités, et conservait méticuleusement des courriels, photos et documents qui pourraient avoir servi à faire pression sur ses connaissances. Gates a nié les allégations non vérifiées contenues dans des courriels attribués à Epstein, selon lesquelles Epstein aurait organisé des « rendez-vous illicites » avec des « femmes mariées » pour Gates, ou encore que ce dernier aurait contracté une infection sexuellement transmissible qu’il aurait tenté de cacher à son épouse. Gates a reconnu avoir eu des liaisons avec deux Russes. Le député démocrate Suhas Subramanyam a déclaré : « Nous voulons savoir si Epstein voulait influencer Gates ou même le faire chanter, comme il l’a prétendument fait avec d’autres. »

Du côté de Gates, la motivation affichée reste la recherche de fonds pour ses initiatives de santé mondiale. Sa fondation a indiqué plus tôt cette année que, sur la base des déclarations d’Epstein sur sa capacité à mobiliser d’importantes ressources philanthropiques, « un petit nombre d’employés de la fondation ont interagi avec Epstein pour tenter d’obtenir ce financement ».