Le Premier ministre Sébastien Lecornu a profité de la première journée des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence pour lancer un appel solennel à un compromis budgétaire. Invité à débattre avec Éric Maumy, PDG d'April et fondateur du collectif « Trop, c'est trop », sous la modération du Prix Nobel d'économie Philippe Aghion, le chef du gouvernement a prévenu que l'absence d'adoption d'un budget pour 2027 pourrait entraîner une dérive incontrôlée des finances publiques. « Je sonne l'alerte avec gravité », a-t-il déclaré, cité par plusieurs participants, en exhortant les parlementaires à « penser à l'intérêt du pays ».

Ce débat, qui s'est tenu devant un parterre de chefs d'entreprise et d'économistes largement acquis aux thèses de la rigueur budgétaire, a été l'occasion pour Sébastien Lecornu de réaffirmer sa volonté d'aboutir à un texte de compromis. Face à la pression fiscale déjà dénoncée par le collectif patronal, le Premier ministre a cherché à concilier impératif de réduction des déficits et nécessité de préserver la croissance. Son intervention intervient alors que les discussions budgétaires pour 2027 s'annoncent complexes, avec de nombreuses demandes de crédits émanant des ministères.

Un contexte tendu

Philippe Aghion, qui animait les échanges, a souligné deux défis majeurs pour la France : « endiguer le danger du populisme en rétablissant la promesse républicaine », ce qui passe selon lui par « l'éducation et la santé pour tous », et « rétablir une souveraineté française et européenne ». « Sans la France, il ne peut y avoir de relèvement européen », a-t-il ajouté, renforçant l'idée que le budget 2027 doit être un instrument de souveraineté.

Éric Maumy a pour sa part porté la voix des 2 000 patrons du collectif « Trop, c'est trop », qui dénoncent depuis fin 2025 une « dérive fiscale » dans les débats budgétaires. Le Premier ministre a dû répondre à leurs inquiétudes tout en gardant une ligne de responsabilité budgétaire. Sébastien Lecornu a insisté sur la nécessité de ne pas reproduire les erreurs passées qui ont conduit à un endettement massif.

Un appel au Parlement

Au-delà des déclarations générales, le Premier ministre a adressé un message direct aux élus : il leur a demandé de faire preuve de « responsabilité » et de ne pas céder aux tentations populistes. « Si un budget pour 2027 n'était pas adopté, le déficit pourrait exploser », a-t-il averti, sans donner de chiffre précis. Cette mise en garde intervient alors que son gouvernement multiplie les réunions avec les partenaires sociaux et le Medef pour préparer des arbitrages « réalistes », comme il l'avait déjà exigé mi-juin.

Les Rencontres d'Aix, organisées par le Cercle des économistes, constituent traditionnellement un lieu de débat sur les grandes orientations économiques. La participation de Sébastien Lecornu, quelques jours après avoir réuni le Medef à Matignon pour affiner les priorités, montre sa volonté de mobiliser l'ensemble des acteurs autour du projet de loi de finances pour 2027. Reste à savoir si cet appel au compromis parviendra à désamorcer les tensions au sein d'une majorité relative et face à une opposition déterminée.

Prochaines étapes

Alors que le calendrier budgétaire se resserre, le gouvernement devra présenter ses arbitrages dans les semaines à venir. La publication du projet de loi de finances pour 2027 est attendue pour l'automne, mais les discussions préparatoires s'intensifient. L'intervention de Sébastien Lecornu à Aix-en-Provence pourrait marquer un tournant dans la méthode : après avoir durci le ton en juin, il semble désormais tendre la main pour éviter un blocage parlementaire. Reste à savoir si les oppositions et sa propre majorité répondront à cet appel.