L’épisode caniculaire qui frappe la France depuis plusieurs jours a provoqué un premier décès hospitalier direct en Bretagne. Un patient soigné au CHU de Rennes est mort en raison des températures extrêmes, ont confirmé les autorités sanitaires. Ce drame illustre la tension extrême qui pèse sur les services d’urgence de la région.

Le Samu breton est submergé par un flux d’appels sans précédent. Selon des sources hospitalières, le nombre de sollicitations reçues ces derniers jours dépasse celui enregistré lors des pics de l’épidémie de Covid-19. Un porte-parole du CHU de Rennes a décrit une situation « extrêmement grave », avec des équipes soignantes contraintes de prioriser les admissions les plus critiques.

Des soignants contraints de se cotiser pour des climatiseurs

Face à des bâtiments hospitaliers souvent inadaptés aux fortes chaleurs, le personnel soignant a dû se mobiliser par ses propres moyens. Dans plusieurs établissements bretons, des équipes ont mis en commun des fonds personnels pour acheter des climatiseurs mobiles afin de rafraîchir les chambres des patients les plus vulnérables. « On se sent abandonnés, a confié une infirmière du CHU de Rennes. Les infrastructures datent et ne sont pas conçues pour ces températures. On bricole comme on peut. »

Le gouvernement réagit en déclenchant le plan Orsan

Pour tenter de contenir la saturation du système hospitalier, l’exécutif a activé le niveau 3 du plan Orsan (Organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exceptionnelles). Cette mesure permet notamment des déprogrammations ciblées d’opérations non urgentes et une mobilisation renforcée des médecins de ville. La ministre de la Santé a toutefois assuré que les hôpitaux n’étaient « pas saturés », tout en reconnaissant des « tensions ponctuelles ».

À Paris, l’hôpital européen Georges-Pompidou est également en grande difficulté. Sa direction a qualifié la situation d’« extrêmement grave ». La préfecture de police a d’ailleurs interdit la consommation d’alcool sur la voie publique à partir de midi pour limiter les prises en charge liées aux malaises et aux évanouissements.

Record de chaleur et fermetures d’écoles

Sur le plan météorologique, la journée de mercredi a été la plus chaude jamais enregistrée en France, effaçant le record qui datait de la veille. Météo France maintient 61 départements en vigilance rouge. Près de 3 500 établissements scolaires ont fermé leurs portes jeudi, et 10 000 autres ont adapté leurs horaires. Plusieurs dizaines de milliers de collégiens doivent néanmoins passer les épreuves du brevet ce vendredi, sans décalage.

Par ailleurs, Santé publique France a recensé plus de 55 décès par noyade depuis le 18 juin, un chiffre en hausse lié aux fortes chaleurs qui poussent la population à se baigner dans des zones non surveillées.

Week-end sous haute tension

Les prévisions annoncent un week-end « hyper compliqué » pour les hôpitaux bretons, selon un responsable du Samu local. Le pic de l’épisode caniculaire a été atteint jeudi, mais les températures restent nettement au-dessus des normales saisonnières. Les soignants redoutent une nouvelle vague d’admissions, en particulier chez les personnes âgées et les patients atteints de pathologies chroniques.

Le personnel hospitalier appelle à une prise de conscience durable sur l’adaptation des infrastructures face au changement climatique. « Le changement climatique est déjà une urgence sanitaire, et nos hôpitaux ne sont pas prêts », a résumé un médecin urgentiste rennais. La question de la rénovation thermique des établissements de santé et de l’équipement en systèmes de climatisation performants est désormais posée avec acuité.