Pas de seuil unique à 30 °C

Interrogé sur la possibilité d'arrêter automatiquement l'activité lorsque le thermomètre atteint 30 °C, le ministre du Travail a explicitement écarté cette hypothèse. Il a estimé qu'un tel seuil fixe ne tiendrait pas compte des différences de conditions de travail entre une boulangerie, un entrepôt frigorifique ou un bureau climatisé. À ses yeux, la rigidité d'une règle absolue risquerait de pénaliser injustement des entreprises sans apporter une protection efficace aux salariés les plus exposés.

Un refus du « congé climatique » à l'espagnole

Le gouvernement français ne souhaite pas non plus transposer le modèle espagnol de « congé climatique », qui permet aux salariés de ne pas se rendre sur leur lieu de travail lors de pics de chaleur. Pour le ministre du Travail, ce dispositif serait difficilement applicable en France en raison de la diversité des métiers et des territoires. Il a plaidé pour des solutions plus ciblées, adaptées à chaque situation professionnelle.

Étendre les bonnes pratiques du BTP

En revanche, le ministre a indiqué réfléchir à une généralisation des mesures déjà en vigueur dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. Dans le BTP, dès que la température dépasse un certain seuil, les employeurs ont l'obligation de mettre en place des pauses supplémentaires, de fournir de l'eau fraîche et d'adapter les horaires de travail pour éviter les heures les plus chaudes. L'idée serait d'étendre ces dispositions à d'autres branches professionnelles confrontées à la chaleur, comme la logistique, l'agriculture ou la propreté.

Une « caisse canicule » pour le chômage technique ?

Le ministre du Travail s'est également prononcé contre la création d'une « caisse canicule » qui permettrait de placer les salariés au chômage technique en cas de fortes chaleurs, comme le réclament certains syndicats. Il a jugé ce mécanisme trop coûteux et complexe à gérer, préférant s'appuyer sur les dispositifs existants d'activité partielle, qui peuvent déjà être mobilisés en cas d'intempéries exceptionnelles. Toutefois, il n'a pas exclu d'améliorer l'accès à ce régime pour les entreprises touchées par des épisodes caniculaires, à condition que les demandes soient justifiées par une impossibilité réelle de travailler.

La CGT réclame davantage

Cette position du ministre intervient alors que la CGT a déposé une revendication claire : étendre le régime de chômage partiel pour intempéries aux fortes chaleurs. Le syndicat estime que les salariés du bâtiment, mais aussi ceux de l'agriculture ou de la propreté, ne peuvent pas toujours être protégés par de simples aménagements horaires. La confédération demande la mise en place d'un fonds spécifique, abondé par les entreprises et l'État, pour indemniser les salariés contraints de cesser le travail lors des pics de chaleur.

Des pistes alternatives : sieste et horaires aménagés

Parallèlement, le gouvernement explore d'autres pistes pour atténuer l'impact des fortes chaleurs sur la productivité et la santé des travailleurs. Le ministre de l'Économie avait précédemment évoqué l'idée de généraliser la sieste dans les entreprises, sur le modèle espagnol, ainsi que des horaires de travail décalés pour débuter plus tôt le matin et terminer avant les heures les plus chaudes. Ces propositions, encore à l'étude, visent à réduire l'exposition des salariés aux températures élevées sans recourir à un arrêt total de l'activité.

Un débat qui s'intensifie

Alors que la France connaît des épisodes caniculaires de plus en plus fréquents et intenses, le monde du travail cherche des réponses adaptées. Syndicats et patronats divergent sur les solutions à adopter : les premiers réclament des dispositifs contraignants et des indemnisations, les seconds privilégient la flexibilité et la responsabilisation des employeurs. Le gouvernement tente pour l'instant de trouver un équilibre entre protection des salariés et maintien de l'activité économique, en écartant les mesures jugées trop radicales ou inadaptées à la réalité des métiers.