Dans un contexte de tensions exacerbées autour du détroit d'Ormuz, le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) a émis un avertissement clair contre toute tentative de franchissement non autorisé de cette voie maritime stratégique. Cette mise en garde, diffusée par les médias d'État iraniens, intervient au lendemain d'une frappe menée par les forces iraniennes contre un porte-conteneurs naviguant à proximité des côtes omanaises, un événement qui a temporairement paralysé le trafic dans cette artère essentielle du commerce mondial des hydrocarbures.
L'attaque et ses conséquences immédiates
Le navire ciblé, l'Ever Lovely, un porte-conteneurs, a été la cible de tirs alors qu'il transitait par une route située du côté omanais du détroit, une zone que Téhéran considère comme relevant de ses prérogatives. L'incident a provoqué une chute significative du nombre de navires empruntant le passage : selon les données de la société d'analyse maritime Kpler, le trafic est passé de 73 navires mercredi à seulement 54 jeudi. Au moins deux pétroliers ont fait demi-tour après que l'Iran eut émis un avertissement plus tôt dans la journée, d'après Lloyd's List Intelligence. Par ailleurs, l'Organisation maritime internationale (OMI), une agence des Nations unies, a suspendu une opération visant à aider des centaines de navires bloqués à quitter le golfe Persique.
Position iranienne et fondement juridique
Le même jour, le ministère iranien des Affaires étrangères a publié un communiqué, relayé par les médias d'État, réaffirmant que le détroit d'Ormuz se situe dans les eaux territoriales de l'Iran et d'Oman. Le communiqué cite une disposition de l'accord préliminaire signé entre Washington et Téhéran, qui appelle l'Iran à organiser un passage sécurisé pour les navires commerciaux. Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a renchéri sur les réseaux sociaux en déclarant que « le passage sûr par le détroit d'Ormuz n'est pas garanti dans le cadre d'arrangements vagues, de systèmes de routage parallèles ou de processus décisionnels qui excluent l'Iran en tant qu'État côtier ».
Réactions internationales et absence de commentaire américain
La Maison-Blanche n'a pas encore réagi officiellement à l'attaque de jeudi. Celle-ci est survenue peu après le départ de la région du secrétaire d'État américain Marco Rubio, qui avait rencontré les ministres des Affaires étrangères des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG). À l'issue de cette réunion, les États-Unis et les États membres du CCG ont publié une déclaration conjointe appelant à une « navigation libre, inconditionnelle et sans restriction » dans le détroit, rejetant explicitement tout péage, droit ou tentative d'un pays d'exercer un contrôle unilatéral sur cette voie d'eau.
Marchés pétroliers
Les marchés pétroliers ont initialement réagi à la hausse après l'attaque, mais les cours sont repartis à la baisse vendredi, le maintien de la circulation des pétroliers apaisant les craintes de perturbations de l'approvisionnement. Le baril de Brent, référence mondiale, est redescendu aux alentours de 73 dollars, tandis que le West Texas Intermediate (WTI), référence américaine, oscillait entre 69 et 70 dollars.
Implications
L'attaque contre l'Ever Lovely et la mise en garde des Gardiens de la révolution illustrent la persistance des divergences sur le contrôle du détroit d'Ormuz. L'accord de cessez-le-feu préliminaire entre Washington et Téhéran, bien qu'ayant permis une désescalade temporaire sur la question des péages, n'a pas clarifié l'autorité réglementaire sur cette voie maritime cruciale pour le commerce énergétique mondial. La position iranienne, qui revendique un droit de regard et de contrôle sur le trafic, se heurte aux principes de liberté de navigation défendus par les États-Unis et leurs alliés du Golfe.