Un duel aux enjeux décisifs

Près de 41 millions de Colombiens votent ce dimanche 21 juin pour le second tour de l'élection présidentielle. Deux visions radicalement opposées s’affrontent : celle d’Abelardo de la Espriella, avocat pénaliste et double national américano-colombien, soutenu par Donald Trump, et celle d’Iván Cepeda, sénateur de gauche, héritier politique du président sortant Gustavo Petro.

Le scrutin met un terme à une campagne électorale marquée par une violence exceptionnelle, dont l’assassinat en plein jour à Bogota d’un candidat conservateur de premier plan et plusieurs attentats à la bombe.

Sécurité et paix : deux modèles irréconciliables

La sécurité a dominé les débats. Abelardo de la Espriella, qui se présente sous le surnom de « Le Tigre », a remporté le premier tour en promettant une guerre totale contre les groupes armés qui ont refusé l’accord de paix de 2016. Il propose, avec le soutien des États-Unis, une campagne de 90 jours de frappes aériennes contre les organisations qui produisent de la coca, principal ingrédient de la cocaïne.

« Il connecte avec un électorat très fatigué par l’insécurité et en quête de solutions choc », analyse Luisa Lozano, experte de l’université de La Sabana. Le candidat d’extrême droite prône également le droit de porter des armes, la construction de méga-prisons, la réduction de la taille de l’État, la fracturation hydraulique et la dollarisation de l’économie colombienne, qu’il juge « idéale ».

Face à lui, Iván Cepeda, 63 ans, défenseur des droits humains, incarne la continuité de la politique de « paix totale » engagée par Gustavo Petro. Si le candidat de gauche a reconnu qu’il « ferait le bilan » des négociations avec les groupes armés et apporterait « les changements nécessaires », il reste partisan du dialogue plutôt que de la manière forte.

Les critiques dirigées contre l’administration Petro estiment que celle-ci a permis aux groupes armés de s’enrichir davantage grâce au trafic, d’étendre leurs territoires et de gagner en puissance.

Un contexte latino-américain inflammable

Ce duel s’inscrit dans une vague de droite qui a porté au pouvoir des candidats conservateurs en Bolivie, au Chili, au Costa Rica, en Équateur et au Honduras. Abelardo de la Espriella espère surfer sur cette tendance. Derrière une vitre blindée et un salut militaire, il galvanise ses partisans en criant « Debout pour la patrie ! ».

Pendant la campagne, il a mis en avant ses talents de chanteur et le train de vie de millionnaire qu’il menait en Italie avant de se lancer en politique, tout en rejetant les critiques sur son passé d’avocat, où il a représenté des figures controversées.

Enjeux pour les relations avec Washington

Le résultat de ce scrutin aura des répercussions directes sur les relations avec les États-Unis. Le candidat d’extrême droite, soutenu par Donald Trump, promet un alignement sécuritaire et stratégique fort. Une victoire de la gauche, en revanche, pourrait maintenir une ligne plus indépendante et poursuivre les négociations de paix.

L’opposition est totale entre les deux finalistes, et le pays retient son souffle avant l’annonce des résultats. Le nouveau président devra gérer un processus de paix fragile, une économie sous pression et des défis sécuritaires majeurs.