Le second tour de l'élection présidentielle colombienne, prévu le 21 juin, oppose le candidat conservateur Abelardo de la Espriella à Ivan Cepeda, figure de la gauche proche du chef de l'État sortant, dans un climat de fortes tensions politiques et sécuritaires.
Abelardo de la Espriella, qui a reçu le soutien public de l'ancien président américain Donald Trump, entend rompre avec la stratégie de « paix totale » menée par l'actuel président Gustavo Petro. Le candidat conservateur a annoncé son intention d'abandonner les négociations de désarmement avec l'ensemble des organisations criminelles, une politique qui constituait l'un des piliers du mandat de Petro. Cette perspective a ravivé les craintes d'un retour à une approche de sécurité plus dure, susceptible de bouleverser l'équilibre fragile du conflit armé qui déchire le pays depuis des décennies.
En face, Ivan Cepeda s'engage à poursuivre et à approfondir les accords de paix existants, notamment l'accord historique de 2016 signé avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Il promet de maintenir le cap d'une résolution négociée des conflits. Les analystes estiment que le résultat du scrutin aura des conséquences majeures sur l'évolution du conflit armé colombien, qui a déjà coûté des centaines de milliers de vies et déplacé des millions de personnes.
Une campagne marquée par des alliances inédites
L'irruption de Donald Trump dans la campagne colombienne a ajouté une dimension internationale inédite au duel. L'ancien président américain a publiquement apporté son soutien à Abelardo de la Espriella, renforçant la visibilité de ce dernier sur la scène mondiale. Ce ralliement a été perçu comme un signal fort, susceptible d'influencer une partie de l'électorat colombien attaché à une ligne dure en matière de sécurité.
De son côté, Ivan Cepeda, sénateur et figure de longue date de la gauche colombienne, capitalise sur son expérience parlementaire et son engagement dans le processus de paix. Il bénéficie du soutien de l'administration sortante, mais doit faire face à une défiance croissante d'une partie de la population lassée par l'insécurité et les difficultés économiques.
Les enjeux d'un scrutin décisif
Le second tour de cette présidentielle intervient dans un contexte où la violence, bien qu'en baisse par rapport au pic des années 2000, continue de frapper les régions rurales et les zones frontalières. Les groupes dissidents des FARC, l'Armée de libération nationale (ELN) et d'autres organisations criminelles restent actifs, alimentant l'insécurité.
Les positions des deux candidats sur les questions de sécurité et de paix cristallisent les inquiétudes. L'option d'Abelardo de la Espriella, qui prône une stratégie de confrontation directe avec les groupes armés, fait craindre aux défenseurs des droits humains une escalade de la violence et un recul des garanties accordées aux anciens combattants réinsérés. En revanche, les partisans de la « paix totale » voient dans le programme d'Ivan Cepeda une continuité nécessaire pour pérenniser les acquis des accords de 2016 et tenter d'intégrer les derniers groupes rebelles dans le jeu politique.
Les électeurs colombiens sont donc appelés à choisir entre deux visions radicalement opposées de l'avenir du pays : l'une promettant une rupture nette avec la politique de négociation, l'autre incarnant la poursuite d'un processus de paix controversé mais déjà engagé. L'issue du scrutin, prévu pour le 21 juin, sera scrutée de près par la communauté internationale, tant ses répercussions sur la stabilité régionale et le modèle de résolution des conflits sont importantes.