Le coup d’envoi de la Coupe du monde 2026 a été donné ce 11 juin, mais les premières polémiques ont largement précédé le premier ballon. Avec 48 sélections, 104 rencontres et une durée portée à quarante jours, l’édition nord-américaine pulvérise tous les records — y compris ceux de l’empreinte environnementale et de l’inégalité d’accès. Les projections d’émissions de gaz à effet de serre liées au tournoi oscillent entre 10 et 15 millions de tonnes de CO₂ équivalent, soit plusieurs fois le bilan des Mondiaux précédents. Cette estimation, réalisée par des experts en climatologie, prend en compte les vols internationaux des supporters, les déplacements interurbains aux États-Unis, au Canada et au Mexique, ainsi que la construction et la rénovation des seize stades.
Un coût financier et écologique colossal Le budget total de l’organisation atteint 35 milliards de dollars, un chiffre sans précédent qui inclut les infrastructures, la sécurité et les droits de retransmission. La Fédération internationale de football association (FIFA) escompte des recettes de 13 milliards de dollars, portées par des billets dont le prix minimum avoisine 300 dollars et par des « packages premium » pouvant dépasser 25 000 dollars pour l’intégralité des matchs. Cette course au gigantisme contredit directement les engagements pris par l’instance lors de l’attribution de l’événement. En 2018, la FIFA avait promis de faire de ce Mondial « le plus durable de l’histoire », mais les faits montrent une explosion des émissions — principalement dues au transport aérien et routier sur un territoire trois fois plus étendu que l’Europe.
Un ancien responsable accuse Allan Barlow, qui a dirigé le service développement durable de la FIFA jusqu’en 2025, a brisé la loi du silence. Il affirme que l’organisation a systématiquement minimisé l’impact réel de la compétition. « Nous utilisions des crédits carbone à bas coût pour compenser une fraction infime des émissions, tout en sachant que le vrai bilan serait catastrophique », a-t-il déclaré. Selon lui, la direction a refusé de publier une étude interne qui chiffrait l’empreinte à plus de 12 millions de tonnes. La FIFA, contactée à ce sujet, n’a pas répondu à ces accusations.
Un accueil sous le signe de la fermeture L’édition 2026 se déroule dans un contexte politique marqué par le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Les mesures migratoires restrictives compliquent l’obtention de visas pour de nombreux supporters, notamment africains et latino-américains. Plusieurs associations de défense des droits dénoncent un « Mondial à deux vitesses » où seuls les publics fortunés peuvent franchir les frontières. En parallèle, des mouvements citoyens appellent à des manifestations devant les stades pour protester contre le coût social et environnemental de l’événement.
Un format qui interroge l’avenir du football Avec 104 matchs et une distance cumulée de plus de 15 000 kilomètres entre les villes hôtes, les joueurs sont soumis à un calendrier éreintant. Les syndicats de footballeurs ont plusieurs fois alerté sur les risques de blessures et d’épuisement. Certains observateurs estiment que ce format hyper-commercialisé éloigne le football de ses racines populaires. La question de la soutenabilité — écologique, économique et sociale — se pose désormais avec une acuité inédite.
Alors que les premiers matchs se jouent dans une ambiance de fête sous haute sécurité, les doutes sur la capacité du football mondial à se réformer restent entiers. L’héritage de ce Mondial pourrait bien être celui d’un modèle à bout de souffle.