L'édition 2026 de la Coupe du monde de football, qui se déploie pour la première fois sur trois territoires — États-Unis, Mexique et Canada — à partir du 11 juin, s'annonce comme l'événement sportif le plus émetteur de gaz à effet de serre jamais organisé. Les estimations, fondées sur des travaux de chercheurs britanniques et d'une entreprise spécialisée dans la comptabilité carbone, évaluent le bilan total à environ 9 millions de tonnes équivalent CO2, dont 7,7 millions attribuables aux seuls transports.
Ce chiffre place la compétition loin devant les précédentes. La Coupe du monde 2022 au Qatar avait produit environ 4 millions de tonnes de CO2, tandis que les Jeux olympiques de Paris 2024 avaient généré près de 1,75 million de tonnes. « C'est plus du double des éditions précédentes et l'équivalent de ce qu'émettent certains petits pays sur une année entière », souligne Freddie Daley, chercheur à l'université de Sussex et membre du réseau Cool Down, the sport for climate action, qui milite pour l'adaptation du sport au dérèglement climatique.
Des déplacements massifs et une dépendance à l'avion
La principale source d'émissions réside dans la mobilité des équipes et des supporters. Avec 48 équipes réparties dans 16 villes hôtes, les distances à parcourir sont colossales. Un supporter français souhaitant suivre les Bleus, par exemple, devra enchaîner les trajets entre New York, Philadelphie et Boston pour la phase de poules, puis éventuellement se rendre au Texas en cas de qualification pour les demi-finales. Dans l'hypothèse où la France atteindrait la finale, un seul supporter pourrait émettre jusqu'à 6 tonnes de CO2, soit trois fois plus que le budget carbone annuel recommandé par les accords de Paris.
Pour les supporters britanniques, le périple est encore plus étendu : leur phase de poules les mènera à Dallas, Boston et New York, avant de potentiellement poursuivre vers Atlanta, Mexico, Miami et retour à New York. L'ensemble représente environ 23 600 kilomètres parcourus. Face à des liaisons ferroviaires peu développées aux États-Unis et à des prix de billets de train en forte hausse, l'avion apparaît comme l'option la plus pratique, malgré son impact environnemental.
Une responsabilité qui incombe aux organisateurs
Les spécialistes soulignent que la faute ne saurait être imputée aux seuls supporters. « En aucun cas il ne faut blâmer les supporters qui vont accepter de se déplacer », insiste Freddie Daley, estimant que la responsabilité incombe d'abord aux organisateurs et à la Fédération internationale de football, qui ont conçu un format inédit par son ampleur.
Une étude réalisée par le cabinet Greenly, spécialiste de la comptabilité carbone, résume le constat : « Deux fois plus de spectateurs, deux fois plus de CO2. » La multiplication par deux du nombre d'équipes, passées de 32 à 48, et l'étalement de la compétition sur trois fuseaux horaires et plus de 4 000 kilomètres d'est en ouest expliquent en grande partie cette inflation des émissions.
Le dérèglement climatique, un risque pour la compétition elle-même
Paradoxalement, l'événement pourrait lui-même subir les conséquences du réchauffement qu'il contribue à aggraver. Les vagues de chaleur estivales dans plusieurs des villes hôtes américaines et mexicaines suscitent des inquiétudes pour la santé des joueurs et du public. Les organisateurs n'ont pas encore communiqué de plan d'adaptation spécifique, mais des appels se multiplient pour que le football prenne en compte les enjeux climatiques dans ses futures compétitions.
Alors que le coup d'envoi approche, le débat sur le gigantisme sportif et son coût environnemental se trouve relancé. Cette édition 2026, par ses records, pourrait servir de point de bascule pour une prise de conscience au sein des instances dirigeantes du football mondial.