Une méthode d'économie jugée contre-productive. Alors que les collectivités locales ont globalement respecté les objectifs de réduction des dépenses en 2025, la Cour des comptes critique la manière dont ces efforts ont été imposés. Dans son rapport annuel consacré aux finances locales, présenté le 9 juillet, l'institution pointe en particulier les annulations de crédits intervenues en milieu d'exercice, une pratique qui fragilise les acteurs de terrain. Le cas des centres de formation d'apprentis (CFA) est cité comme illustration emblématique de ce défaut d'anticipation.

Un financement divisé par huit. Selon les données publiées par la juridiction financière, l'enveloppe destinée aux CFA a brutalement chuté, passant de 40 millions d'euros initialement prévus à seulement 5 millions d'euros après des coupes décidées en cours d'année. Cette réduction, intervenue sans préparation ni planification pluriannuelle, a mis en péril le fonctionnement de nombreux centres, contraints d'ajuster leurs programmes et leurs recrutements dans l'urgence. Le président de la 4e chambre de la Cour des comptes, Damien Cazé, a souligné, lors de la conférence de presse de présentation, que ces coupes en milieu d'année constituent "une pratique décriée" car elle ne permet ni aux collectivités ni aux opérateurs de s'organiser sereinement.

Des résultats comptables flatteurs, une gestion contestable. Sur le plan macroéconomique, le besoin de financement des collectivités locales s'est établi à -9,3 milliards d'euros en 2025, soit une amélioration de 2,7 milliards d'euros par rapport à l'année précédente. Les collectivités ont non seulement absorbé les économies demandées, mais ont même dépassé la cible fixée. Damien Cazé a reconnu que, "sur le papier, il y a matière à se réjouir". Toutefois, la Cour des comptes estime que cette performance ne doit pas masquer les lacunes méthodologiques. Les économies ont été réalisées au prix de décisions brutales, sans cadre pluriannuel, ce qui compromet la soutenabilité des services publics locaux, en particulier dans le domaine de la formation professionnelle.

Un appel à une programmation pluriannuelle. Face à ce constat, la Cour des comptes recommande au gouvernement de mettre en place une planification financière pluriannuelle des finances locales, afin d'éviter les ajustements tardifs qui pénalisent les structures comme les CFA. Elle insiste sur la nécessité de donner une visibilité aux acteurs, notamment dans le secteur de l'apprentissage, qui joue un rôle clé dans l'insertion professionnelle des jeunes. Le rapport appelle à un débat plus large sur la soutenabilité des coupes budgétaires et sur la manière de concilier rigueur budgétaire et efficacité de l'action publique.