Dix ans après le référendum du 23 juin 2016, qui a vu 51,9 % des Britanniques voter en faveur de la sortie de l'Union européenne, le bilan du Brexit reste profondément contrasté. Les promesses des campagnes du Leave, qui agitaient la perspective d'une prospérité économique retrouvée et d'une souveraineté pleine, se heurtent à une réalité complexe : une croissance atone, une immigration en hausse et une instabilité politique inédite.

Un impact économique palpable

L'Office for Budget Responsibility (OBR) estimait, avant même l'accord de 2020, que le Brexit réduirait la productivité britannique de 4 % à long terme. Les données disponibles confirment ce diagnostic. Selon le Centre for Economic Policy Research (CEPR), le PIB par habitant du Royaume-Uni, qui dépassait de près de 30 % celui des membres fondateurs de la Communauté économique européenne (CEE) en 1950, était tombé à environ 10 % en dessous en 1973, au moment de son adhésion. Cette tendance ne s'est pas inversée.

Les chiffres post-Brexit sont éloquents. La livre sterling n'a jamais retrouvé son niveau d'avant le référendum, oscillant autour de 1,10 euro. Le commerce avec l'UE, principal partenaire, s'est complexifié et rétréci : les exportations britanniques vers le continent ont chuté de près de 30 % en 2021, avec une lente reprise depuis. Les secteurs de la pêche, pilier symbolique de la campagne pour le Leave, subissent de plein fouet la perte de l'accès aux eaux européennes. Les pêcheurs britanniques, qui devaient être les grands gagnants du Brexit, ont vu leur chiffre d'affaires s'effondrer, tandis que Bruxelles garde un accès préférentiel aux eaux britanniques. Leur colère est aujourd'hui un symptôme de la désillusion.

Une inflation et une immigration au cœur des contradictions

L'inflation, qui a culminé à 11,1 % en octobre 2022, a été alimentée par les barrières douanières et les difficultés d'approvisionnement post-Brexit. Le coût de la vie a grimpé, frappant particulièrement les ménages modestes. Le Royaume-Uni a connu une inflation plus élevée et plus persistante que ses pairs du G7.

Paradoxalement, l'immigration nette, que les partisans du Leave promettaient de « reprendre le contrôle », a bondi. Avec la fin de la liberté de circulation, les arrivées de travailleurs européens ont chuté, mais les besoins économiques ont contraint le gouvernement à multiplier les visas pour les ressortissants hors UE, en particulier dans la santé, les services et l'agriculture. Les données officielles montrent que la migration nette a atteint environ 606 000 entrées en 2022, contre un solde de 270 000 en 2015. Les politiques restrictives récentes ont fait chuter ce chiffre de près de 50 %, mais le Royaume-Uni compte aujourd'hui davantage de résidents nés à l'étranger qu'avant le référendum.

Un paysage politique fragmenté

La promesse de souveraineté retrouvée ne s'est pas traduite par une stabilité. Le Royaume-Uni a vu se succéder sept premiers ministres en dix ans : David Cameron, Theresa May, Boris Johnson, Liz Truss, Rishi Sunak, Keir Starmer et, depuis peu, un nouveau locataire du 10 Downing Street, fruit des élections anticipées de janvier 2026. L'instabilité a paralysé les réformes et érodé la confiance des investisseurs.

Le clivage politique reste profond. Les travaillistes, au pouvoir depuis 2024, tentent de naviguer entre les héritages du Brexit et la nécessité de renouer avec Bruxelles. Un accord de coopération sanitaire et douanière a été signé en 2025, mais une réintégration dans l'UE semble exclue à court terme. Au sein de l'Union, la question du Brexit a ravivé les débats sur les réformes internes, tandis que les relations avec Londres demeurent pragmatiques mais froides.

Les leçons d'un divorce

À l'occasion de ce dixième anniversaire, plusieurs analystes soulignent que le Brexit a échoué à tenir ses promesses. Larry Elliott, une voix influente parmi les partisans du Leave, a pour sa part réaffirmé son soutien à la décision, estimant que l'UE elle-même est en crise et que le contrôle des frontières reste un acquis positif. Mais ce point de vue est minoritaire dans un pays où les sondages indiquent une majorité de citoyens regrettant la sortie de l'UE.

Les cartes et les graphiques tracent un portrait sans appel : le Royaume-Uni est aujourd'hui plus fragmenté, économiquement plus modeste et politiquement plus instable. Le Brexit, promesse de renaissance, est devenu le symbole d'une souveraineté chèrement acquise mais dont le prix, pour beaucoup de Britanniques, s'avère bien plus élevé que prévu.