Dix ans après le vote historique du 23 juin 2016, le Royaume-Uni mesure l'ampleur des bouleversements engendrés par le Brexit. Loin des promesses de prospérité et de contrôle accru brandies par les partisans de la sortie, le pays fait face à un bilan économique morose, à une recomposition politique accélérée et à une influence internationale diminuée.

Un paysage politique fragmenté

Le système politique britannique, jadis dominé par les conservateurs et les travaillistes, a subi une fragmentation inédite. En une décennie, des millions d'électeurs ont délaissé les deux grands partis traditionnels pour se tourner vers des alternatives, notamment les Libéraux-démocrates, le Parti vert, et surtout le Parti réformiste (anciennement Parti du Brexit). Cette hémorragie électorale a rendu la formation de majorités stables plus ardue et a accentué l'instabilité gouvernementale. Le pays a connu une succession de premiers ministres, de Boris Johnson à Rishi Sunak, marqués par des scandales et des divisions internes.

Un coût économique élevé

Sur le plan économique, les prévisions les plus sombres se sont en grande partie réalisées. La croissance britannique a nettement ralenti, notamment par rapport à celle des États-Unis ou de l'Union européenne. Le pays a perdu son statut de première économie européenne, dépassé par l'Allemagne et la France. L'inflation a persisté à un niveau élevé, pesant sur le pouvoir d'achat des ménages. Plus de la moitié des Britanniques estiment désormais que le Brexit a nui à l'économie. L'Office for Budget Responsibility (OBR) a estimé que la sortie de l'UE réduisait la productivité de 4 % à long terme.

Des échanges commerciaux perturbés

Le commerce extérieur a été l'un des secteurs les plus durement touchés. L'instauration de nouvelles barrières douanières avec l'Union européenne, principal partenaire commercial du Royaume-Uni, a entraîné une augmentation des coûts et des délais. Les exportations britanniques, notamment dans les secteurs de l'agroalimentaire et de l'automobile, ont souffert de la paperasserie administrative et des contrôles vétérinaires. L'accord de commerce et de coopération (TCA) signé avec Bruxelles en 2020 n'a pas rétabli la fluidité des échanges antérieure.

L'immigration et la souveraineté

En matière d'immigration, les promesses des partisans du Brexit n'ont pas été tenues. Le système de points mis en place pour favoriser l'immigration « hautement qualifiée » n'a pas endigué les entrées : les chiffres officiels montrent que les flux migratoires nets ont atteint des records historiques, dépassant 800 000 arrivées par an, alimentés notamment par des travailleurs indiens, nigérians et pakistanais. Le mantra du « contrôle des frontières » a ainsi laissé place à une réalité où l'immigration est toujours massive, mais désormais non européenne.

Des services publics sous tension

Le National Health Service (NHS), dont les partisans du Leave promettaient qu'il bénéficierait des 350 millions de livres sterling (soit 400 millions d'euros) reversés chaque semaine à l'UE, n'a pas connu le renouveau escompté. Le système de santé publique a au contraire vu ses délais d'attente s'allonger, ses personnels se réduire et ses finances se tendre, la faute, selon les observateurs, à une pénurie de personnel et à un manque d'investissements.

Une position internationale affaiblie

Sur la scène internationale, le Royaume-Uni a vu son influence s'éroder. La sortie de l'UE a affaibli son poids diplomatique, notamment face à la Chine, aux États-Unis ou à l'Union européenne. L'accord de sécurité avec les États-Unis, présenté comme une alternative à l'UE post-Brexit, n'a pas été suivi d'effets concrets et les discussions sur un accord de libre-échange avec l'administration américaine sont au point mort.

Des divisions persistantes

La société britannique reste profondément divisée. Le clivage entre « Remainers » et « Leaversr » continue de structurer la vie politique et sociale. Les régions qui ont massivement voté pour le maintien (Londres, Écosse) expriment toujours une forte frustration, tandis que les zones qui ont voté pour la sortie (notamment les Midlands et le Nord de l'Angleterre) sont confrontées à une désindustrialisation et à un déclin de leurs services publics. La question d'une réunification avec l'Irlande est de nouveau évoquée en Irlande du Nord.

Le bilan du Brexit, dix ans après

À l'occasion de ce dixième anniversaire, plusieurs sondages montrent qu'une majorité de Britanniques considèrent le Brexit comme un échec. Un récent sondage de l'institut YouGov indique que 56 % des répondants estiment que la sortie de l'UE a été une « mauvaise décision ». Seuls 30 % la jugent positive. Les partisans d'une réintégration restent cependant minoritaires, tandis que les chantres de l'« indépendance » réclament une nouvelle accélération du processus de rupture.

Le 23 juin 2026 marque ainsi moins une célébration qu'un moment de réflexion pour le Royaume-Uni, confronté à un avenir incertain et à la nécessité de redéfinir sa place dans un monde qui ne l'attendait pas.