La facture énergétique n'est pas le seul casse-tête pour les géants de la tech : les coûts liés à l'utilisation interne de l'intelligence artificielle deviennent eux aussi incontrôlables. Selon des courriels internes, des captures d'écran de tableaux de bord et des échanges sur la messagerie professionnelle Slack obtenus auprès d'une demi-douzaine d'entreprises – dont Atlassian, Adobe, Amazon et la banque Citi –, les directions multiplient les mesures pour freiner la consommation effrénée de « tokens » d'IA par leurs employés.
Chez Citi, la direction a carrément coupé l'accès aux versions les plus récentes des modèles d'IA, notamment Claude Opus 4.6 et 4.7 ainsi que GPT-5.5. Un courriel interne précise que ces modèles « consomment beaucoup plus de crédits d'IA par interaction » et sont qualifiés de « principal facteur de l'augmentation de la consommation au niveau de l'entreprise ». La mesure est entrée en vigueur le 24 juin, avec une réactivation prévue le 1er juillet, selon le même document.
Avant cette décision radicale, la banque avait déjà envoyé un message demandant aux employés de ne solliciter les modèles les plus puissants qu'en cas de nécessité absolue. Une section du courriel, intitulée « ⚠️ Action requise : Choisir le bon modèle pour la tâche (réduire Opus 4.7) », mettait en garde contre la surconsommation collective. Comme les tokens sont désormais mutualisés au sein de l'entreprise, les développeurs qui utilisent massivement l'IA puisent dans un pool commun, tandis que les utilisateurs plus légers sont invités à ne pas gaspiller leur part. « Nous avons besoin que chacun soit intentionnel dans le choix du modèle pour garantir un accès équitable à tous les utilisateurs dans l'entreprise », pouvait-on lire.
Chez Adobe, la fin de l'accès illimité à Claude a été annoncée. Un employé d'Adobe, dont l'identité n'est pas divulguée car il n'était pas autorisé à s'exprimer publiquement, a confié que « beaucoup de personnes avaient des idées sur la façon d'adapter les flux de travail en utilisant des modèles à raisonnement plus faible pour certaines tâches afin de réduire la consommation de tokens ». Mais il doute que l'ampleur du changement ait été pleinement mesurée : « Je ne suis pas sûr que tout le monde ait vraiment intégré la nouvelle, ni que les conséquences complètes seront claires pour tous avant son entrée en vigueur. »
Dans un cas au moins, la dépense mensuelle en IA a triplé pour dépasser les 15 millions de dollars. Cette envolée s'explique par le modèle de facturation des fournisseurs, qui facturent désormais à l'usage – chaque requête, chaque « token » généré coûte – plutôt que sur la base d'un abonnement forfaitaire. Les entreprises, qui avaient encouragé une adoption massive de l'IA, se retrouvent confrontées à une douloureuse réalité comptable.
Les fuites montrent que le phénomène touche tous les secteurs : technologie, divertissement, banque. Les directions informatiques sont contraintes de multiplier les rappels à l'ordre et les limitations techniques. La tendance reflète un retour de balancier après une période d'enthousiasme débridé, où les entreprises avaient poussé leurs équipes à utiliser l'IA sans mesurer pleinement les conséquences financières.
Aucune des entreprises concernées n'a officiellement commenté ces documents internes, qui émanent de sources proches des services concernés.