Un transfert sous tension
Les forces de l'ordre indiennes ont procédé samedi à l'évacuation contrainte de Sonam Wangchuk, figure de la société civile et enseignant, vers un établissement hospitalier de la capitale. L'opération s'est déroulée sur le site de Jantar Mantar, place traditionnelle de rassemblement à New Delhi, où l'activiste observait un jeûne hydrique depuis le 28 juin. Selon les autorités, cette mesure a été prise en application d'une directive de la Haute Cour de Delhi, qui enjoignait au gouvernement de surveiller l'état de santé du militant et d'intervenir si des soins devenaient nécessaires.
Des images diffusées dans la journée montrent des agents en tenue civile pénétrer dans l'espace de protestation, ceint de barricades, et emporter M. Wangchuk sur un brancard. Des manifestations de résistance de la part de ses soutiens auraient été repoussées, la police évoquant une « légère bousculade ». Le fondateur du Parti Janata des Cafards (Cockroach Janta Party, CJP), Abhijeet Dipke, a affirmé avoir été lui-même frappé par des policiers alors qu'il tentait d'accéder au lieu du sit-in.
Un mouvement porté par la colère des jeunes
Le CJP, à l'origine de cette mobilisation, est né en mai dernier d'une remarque du président de la Cour suprême indienne, Surya Kant, qui avait comparé des jeunes chômeurs à des « cafards ». Loin de se vexer, les intéressés ont fait de cette insulte un étendard et ont bâti un mouvement satirique qui rassemble aujourd'hui plus de 21 millions d'abonnés sur Instagram. La cause s'est cristallisée après l'annulation, en mai, des examens nationaux d'entrée en médecine (NEET-UG 2026), en raison de fuites massives de sujets. Le scandale a ravivé la colère contre un système perçu comme corrompu et inégalitaire.
Les revendications portent sur la démission du ministre de l'Éducation, Dharmendra Pradhan, une réforme en profondeur du système des concours et des indemnités pour les familles des étudiants qui se sont suicidés après l'annulation des épreuves. Le gouvernement n'a pas donné de suite officielle à ces demandes. M. Pradhan a qualifié en juin le CJP de « deuxième équipe d'éléments perturbateurs ».
L'état de santé de l'activiste
Sonam Wangchuk, ingénieur de formation et figure connue pour ses combats environnementaux au Ladakh, n'a ingéré durant ces vingt jours que de l'eau salée. Il a perdu plus de neuf kilogrammes et s'exprimait avec difficulté ces derniers jours. Plusieurs médecins suivaient son état sur place. Malgré son affaiblissement, il avait appelé ses partisans à se joindre à une marche sur le Parlement prévue le lundi 20 juillet, qu'il a qualifiée de « deuxième mouvement de libération de l'Inde ». Depuis l'hôpital, il a réaffirmé son intention de poursuivre le jeûne.
Le bras de fer politique
Cette intervention policière intervient alors que la mobilisation s'étend et que plusieurs formations politiques d'opposition ont exprimé leur solidarité avec M. Wangchuk. Le Premier ministre Narendra Modi, en revanche, est resté silencieux sur le sujet. La détermination des contestataires représente un défi pour un gouvernement qui, par le passé, a rarement cédé à la rue, à l'exception notable de l'abrogation des lois agricoles en 2021 après un an de protestations paysannes.
En Inde, la grève de la faim reste une arme de contestation chargée d'histoire, de Gandhi à Potti Sriramulu. L'épisode en cours ravive le débat sur les limites de la dissidence pacifique dans un espace public de plus en plus contrôlé. La police a demandé aux manifestants de « quitter pacifiquement les lieux » à Jantar Mantar, tandis que le CJP annonce maintenir sa marche sur le Parlement, avec ou sans la présence de son porte-parole.