Les autorités indiennes ont procédé samedi 18 juillet au transfert forcé de l'activiste Sonam Wangchuk vers un hôpital public de New Delhi, au vingt-et-unième jour d'une grève de la faim entamée le 28 juin. Le militant de 59 ans, qui n'absorbait que de l'eau salée, avait perdu plus de neuf kilogrammes et son état de santé s'était fortement détérioré sous la chaleur estivale.
Un transfert contesté
Des agents en civil et des paramilitaires ont investi le site de protestation de Jantar Mantar, un lieu traditionnel de rassemblement dans la capitale, peu avant 7h30 heure locale. Des vidéos montrent les forces de l'ordre encerclant la scène où reposait l'activiste, le recouvrant de draps avant de l'embarquer dans une ambulance. Selon un porte-parole de la police de Delhi, Sachin Sharma, cette intervention a été effectuée « sur ordre du tribunal et sur avis médical, en raison de la détérioration de son état de santé ». Le responsable a précisé que Wangchuk avait été conduit dans un établissement gouvernemental pour y recevoir « des soins médicaux indispensables ».
Le fondateur du Parti des Cafards, Abhijeet Dipke, qui se trouvait aux côtés de l'activiste, a qualifié l'opération d'« enlèvement forcé ». Il a affirmé avoir été empêché de pénétrer dans la zone de protestation et agressé par les policiers. La famille de Wangchuk a dénoncé un « manque de transparence » et une absence de confiance envers les autorités, ignorant dans quel hôpital il avait été conduit.
Un mouvement né d'une insulte
Le jeûne de Sonam Wangchuk s'inscrit dans le cadre des actions du Parti des Cafards, un mouvement satirique né en mai après que le président de la Cour suprême, Surya Kant, eut comparé certains jeunes chômeurs à des « cafards » lors d'une audience. Les militants ont repris le terme comme un insigne de résistance, rassemblant plus de 21 millions d'abonnés sur Instagram en quelques jours.
Les protestataires exigent la démission du ministre de l'Éducation, Dharmendra Pradhan, la réforme du système d'examens nationaux et des indemnisations pour les familles d'étudiants qui se sont suicidés à la suite de fuites présumées de sujets. L'annulation récente du concours d'entrée dans les facultés de médecine, après une fuite massive de questions, a cristallisé la colère dans un pays où ces épreuves conditionnent l'accès à l'enseignement supérieur et aux emplois publics.
Un appel à la « deuxième libération »
Depuis son lit d'hôpital, Sonam Wangchuk a exhorté ses partisans à participer à la marche prévue lundi 20 juillet vers le Parlement, qu'il a qualifiée de « deuxième mouvement de libération de l'Inde ». Le Parti des Cafards a promis une stricte non-violence pour cette manifestation. Abhijeet Dipke a par ailleurs annoncé qu'il entamait lui-même une grève de la faim illimitée et a réclamé la démission du Premier ministre Narendra Modi, sans que celui-ci ne se soit exprimé publiquement sur le sujet.
Défis pour le gouvernement
Cette mobilisation constitue un test pour l'exécutif indien. La seule fois où le Premier ministre Modi a cédé à une contestation de masse remonte à 2020-2021, lorsque des agriculteurs avaient bloqué les accès de New Delhi pendant un an, obtenant l'abrogation de trois lois agricoles. Jusqu'à présent, le ministre de l'Éducation a qualifié le Parti des Cafards de « groupe B d'éléments perturbateurs », tandis que plusieurs dirigeants de l'opposition ont exprimé leur solidarité avec l'activiste.
La Cour suprême de Delhi avait ordonné en début de semaine un suivi médical régulier de Wangchuk et autorisé une « intervention » en cas de nécessité thérapeutique. L'issue de cette crise dépendra de la capacité du pouvoir à répondre aux revendications des étudiants et à endiguer la sympathie croissante que suscite le mouvement dans l'opinion publique indienne.