Une parole libérée aux assises
Ce mardi, plusieurs femmes ont pris la parole devant la cour criminelle du Bas-Rhin dans le cadre du procès de l’ostéopathe Pierre Garitte, jugé pour des violences sexuelles commises sur des patientes. Huit d’entre elles l’accusent de viol, et vingt et une autres d’agressions sexuelles. La plupart des faits reprochés se seraient déroulés entre 2012 et 2022.
Des témoignages empreints d’émotion
L’audience a été marquée par la difficulté, pour plusieurs victimes présumées, de revivre ces souvenirs. L’une d’elles a confié : « Je ne voulais plus en entendre parler », exprimant le poids du silence avant de se décider à porter plainte. Une autre a expliqué avoir mis des années à comprendre qu’elle avait subi des actes relevant d’agressions sexuelles, les confondant d’abord avec des gestes techniques liés à la profession.
Des actes commis sous couvert de soins
Selon les accusations, Pierre Garitte profitait de sa position de praticien pour imposer à ses patientes des attouchements ou des pénétrations digitales qu’il présentait comme faisant partie du traitement ostéopathique. Plusieurs témoins ont rapporté qu’il n’hésitait pas à repousser les limites vestimentaires habituelles des consultations, effectuant des manipulations sur les zones intimes sans justification médicale apparente. L’une des plaignantes a raconté avoir été surprise par une pénétration digitale soudaine, alors qu’elle était allongée sur la table d’examen, et n’avoir pas osé réagir sur le moment.
Un procès suivi par de nombreuses parties civiles
Le nombre de 29 patientes constituées parties civiles témoigne de l’ampleur de l’affaire, qui a éclaté après qu’une première plainte a été déposée en 2021. Depuis, les enquêteurs ont recueilli les témoignages de nombreuses femmes, décrivant un mode opératoire similaire : des consultations au cours desquelles l’ostéopathe aurait dénudé des zones corporelles sans y être invité et pratiqué des gestes intrusifs.
Des conséquences psychologiques durables
Les récits entendus mardi ont mis en lumière les séquelles psychologiques laissées par ces actes. Certaines victimes présumées ont décrit des troubles du sommeil, une anxiété persistante ou une méfiance durable envers le corps médical. L’une d’elles a raconté avoir ressenti « une immense culpabilité » après les faits, se demandant si elle n’avait pas mal interprété les gestes du professionnel. Plusieurs patientes ont également souligné que leur état de vulnérabilité, lié aux douleurs physiques qui les avaient conduites à consulter, avait été exploité par le praticien.
Un procès qui interroge les pratiques
Au-delà du cas individuel, ce procès relance les interrogations sur les dérives possibles dans les professions paramédicales non réglementées, où la proximité physique avec le patient est fréquente. Les associations de défense des droits des patients rappellent que l’ostéopathie, bien que reconnue en France depuis 2002, ne dispose pas d’un code de déontologie contraignant aussi strict que celui des médecins. Des voix s’élèvent pour demander un encadrement plus rigoureux des consultations, notamment l’obligation d’une présence systématique d’un tiers lors des manipulations intimes.
La défense du praticien
De son côté, Pierre Garitte conteste les faits. Ses avocats plaident que les gestes décrits relevaient de la pratique ostéopathique normale et que les plaignantes auraient mal interprété des manipulations pourtant légitimes. Ils soulignent que le praticien a exercé pendant plus de quinze ans sans antécédent judiciaire et que certaines accusations datent de plusieurs années, rendant difficile la vérification des faits. La défense devrait plaider en fin de semaine.
Un verdict attendu sous tension
Le procès doit se poursuivre durant plusieurs jours, avec l’audition des experts et des témoins. La cour criminelle du Bas-Rhin, composée de magistrats professionnels et de jurés populaires, rendra sa décision à l’issue des débats. En attendant, les associations féministes présentes dans la salle d’audience appellent à une reconnaissance pleine et entière de la parole des plaignantes, espérant que ce procès serve d’exemple pour libérer d’autres victimes au sein du système de santé.