Le procès d’un ostéopathe poursuivi pour des viols et agressions sexuelles sur 29 de ses patientes s’est ouvert lundi 1er juin devant le tribunal judiciaire de Strasbourg. Les débats doivent se dérouler jusqu’au 10 juin. L’homme comparaît pour avoir, selon l’accusation, abusé de l’autorité que lui conférait sa fonction afin de toucher les parties intimes de femmes venues consulter.

Les faits reprochés se seraient produits lors de consultations durant lesquelles le praticien aurait réalisé des touchers vaginaux ou mammaires, présentés comme des gestes médicaux. Plusieurs patientes décrivent des manipulations qu’elles jugent abusives et non justifiées par un motif thérapeutique. Vingt-trois des 29 plaignantes s’étaient constituées parties civiles à quelques jours de l’ouverture du procès.

Un prévenu qui reconnaît partiellement les faits

Interrogé sur sa personnalité lors de la première journée d’audience, l’ostéopathe a reconnu avoir pratiqué des attouchements sur certaines patientes, tout en niant les viols. Il a affirmé que ces gestes relevaient selon lui d’une pratique médicale légitime, bien qu’il ait présenté ses excuses aux victimes. Il conteste toute intention sexuelle et toute dimension coercitive.

L’audience de personnalité a permis d’évoquer son parcours professionnel et sa formation. L’enquête a mis en lumière un mode opératoire récurrent : l’ostéopathe aurait systématiquement proposé des consultations sans la présence d’un tiers, et aurait insisté pour réaliser des touchers « internes » sous prétexte de diagnostic.

Des témoignages poignants

Plusieurs plaignantes ont livré leur récit à la barre, évoquant un sentiment de sidération et d’emprise. Certaines ont expliqué n’avoir osé porter plainte que longtemps après les faits, freinées par la difficulté de remettre en cause un professionnel de santé. Leurs témoignages décrivent des consultations marquées par une rupture de confiance et une intrusion physique qui dépasse, selon elles, le cadre des soins.

La défense, de son côté, plaide la bonne foi de son client et la difficulté de distinguer, dans certains actes d’ostéopathie, une limite entre le geste thérapeutique et l’abus. L’avocat du prévenu a souligné l’absence de preuve matérielle et a contesté la qualification de viol pour plusieurs des faits.

Un procès sous le signe de la libération de la parole

Ce dossier s’inscrit dans le mouvement plus large de libération de la parole des victimes de violences sexuelles, notamment dans le milieu médical. Des associations féministes et des collectifs de patientes ont appelé à une meilleure régulation de la profession d’ostéopathe, qui n’est pas soumise aux mêmes obligations de contrôle que les professions médicales réglementées.

Le tribunal correctionnel de Strasbourg doit entendre l’ensemble des parties avant de rendre son délibéré. La décision est attendue dans les semaines suivant la clôture des audiences.