La toile qui masque depuis plusieurs semaines l'entrée du John F. Kennedy Center n'est pas le seul mystère entourant le prestigieux complexe culturel de Washington. Des pièces versées dans le cadre de la procédure judiciaire opposant l'institution à la décision de retirer le nom de Donald Trump révèlent l'existence d'une entité jusqu'alors inconnue du public : la « Trump Kennedy Center for the Performing Arts Foundation ». Un juge fédéral a demandé des éclaircissements sur la nature et la légalité de ce véhicule de collecte de fonds apparu subitement dans les plaidoiries du ministère de la Justice.
Des dons conditionnés au nom présidentiel
Les avocats du gouvernement américain, qui représentent le Kennedy Center, ont plaidé devant une cour d'appel pour que le nom de l'ancien président soit rétabli sur la façade. Leur argument principal : la suppression du nom mettrait en péril « des centaines de millions » de dollars de dons et d'engagements financiers. Ces promesses seraient liées à la fondation Trump Kennedy Center, dont les statuts prévoient que tout don doit être « retourné, remboursé ou annulé » si le nom de Donald Trump disparaît du bâtiment, de sa signalétique ou de tout support affilié.
Une fondation créée en catimini au printemps
Mais les registres publics consultés montrent que cette fondation n'existait pas avant le printemps 2026. Le 18 mars, le Kennedy Center a modifié les statuts d'une association existante, le « Kennedy Center Foundation », créée en 2024 par l'ancienne direction avant la réélection de Donald Trump. Le changement de nom a transformé cette structure en la nouvelle entité portant le nom de l'ancien président. Le document officialisant ce changement a été signé par Elliot Berke, conseiller général du centre. Les archives ne précisent ni la composition du conseil d'administration de cette fondation, ni l'identité des donateurs dont les promesses sont invoquées, ni le montant exact des sommes déjà perçues ou simplement promises.
Un fonds parallèle et des questions sans réponse
Parallèlement à cette fondation, le conseil d'administration du Kennedy Center a voté le 12 juin la création d'un « Trump Kennedy Center Fund », présenté comme une reconnaissance des contributions du président à l'institution. Les relations entre ce fonds et la fondation restent floues, les deux entités semblant distinctes sans que leur articulation soit clarifiée. Le juge chargé de l'affaire a ordonné au Kennedy Center de fournir des explications détaillées sur l'origine, la gouvernance et l'objet de cette fondation, ainsi que sur les conditions exactes des dons prétendument en danger.
Un imbroglio juridique et financier
L'affaire prend une tournure de plus en plus complexe. Le Kennedy Center avait annoncé sous la présidence Trump des collectes de fonds dépassant les 100 millions de dollars à la fin de l'année précédente. Mais ces sommes avaient été récoltées avant la création de la fondation Trump Kennedy Center, ce qui interroge sur la nécessité de les lier au maintien du nom de l'ancien président. Les observateurs pointent un montage juridique tardif visant à verrouiller les donations. La justice doit maintenant déterminer si cette fondation a été constituée de bonne foi ou si elle constitue une tentative de contourner la décision ordonnant le retrait du nom. En attendant, la bâche reste en place, symbole d'une institution prise dans un tourbillon judiciaire et politique.