Un revers judiciaire pour la Maison-Blanche

Un tribunal fédéral de Washington a ordonné vendredi à l'administration Trump de retirer le nom du président de la façade et de tous les supports officiels du Kennedy Center for the Performing Arts, dans un délai de quatorze jours. Le juge Christopher Cooper, nommé par l'ancien président Barack Obama, a estimé que le conseil d'administration de l'institution n'avait pas le pouvoir de renommer un édifice dont l'appellation a été fixée par une loi du Congrès en 1964.

« La loi organique du Kennedy Center indique de façon on ne peut plus clairement que le centre doit porter le nom du président Kennedy, et il ne peut recevoir aucun autre nom officiel ou mémorial public sur la seule décision unilatérale du conseil », a écrit le magistrat dans une décision longue de 94 pages. « Le Congrès a donné son nom au Kennedy Center, et seul le Congrès peut le changer. »

Le jugement interrompt également le projet de fermeture du site pour une durée de deux ans, que l'administration Trump avait programmée à compter du 4 juillet 2026, pour d'importants travaux de rénovation. Le juge a estimé que le vote du conseil tendant à cette fermeture était « mal informé et apparemment préétabli », sans considération pour les obligations légales de l'institution.

La riposte de Trump : retrait et retour au Congrès

Dans un message publié sur son réseau Truth Social, Donald Trump a vivement critiqué la décision, qualifiant le juge Cooper de « dénué de tout sens des responsabilités » et ajoutant qu'il « devrait avoir honte ». Tout en défendant son projet de rénovation, qu'il présente comme un sauvetage après des années de « négligence, de délabrement et de mauvais entretien », le président a annoncé qu'il renonçait à son implication directe.

« Malheureusement, le juge Cooper et la gauche radicale préféreraient le voir MOURIR plutôt que de laisser le président Trump en faire quelque chose dont tout le monde pourrait être fier », a-t-il écrit. Il a indiqué qu'il rendait le contrôle du Kennedy Center au Congrès, mettant fin à plus d'un an de tutelle exercée par son administration.

Cette décision marque un recul significatif pour le chef de l'État, qui avait personnellement pris la tête du conseil d'administration en février 2025 après avoir remplacé plusieurs trustees démocrates par des fidèles. En décembre 2025, le conseil avait voté l'ajout du nom de Trump à celui de John F. Kennedy, faisant inscrire en lettres de dix-huit pouces sur le portique : « The Donald J. Trump and the John F. Kennedy Memorial Center for the Performing Arts ».

Une institution en plein tumulte

L'offensive du président sur le Kennedy Center avait provoqué des remous parmi les artistes et le public. Plusieurs spectacles prévus avaient été annulés, et les ventes de billets avaient chuté. En février, Trump avait annoncé la fermeture du centre pour deux ans, invoquant la nécessité de travaux – un plan soutenu par une enveloppe de 257 millions de dollars obtenue auprès du Congrès.

La représentante démocrate de l'Ohio Joyce Beatty, trustee du Kennedy Center, avait intenté une action en justice pour contester à la fois le changement de nom et la fermeture anticipée. Elle s'est félicitée de la décision : « Le Kennedy Center est une institution qui appartient au peuple américain, pas à Donald Trump. Il a profané ce mémorial sacré par pure vanité. »

Appel en vue

Le Kennedy Center a fait savoir qu'il ferait appel de la décision. Sa vice-présidente des relations publiques, Roma Daravi, a déclaré dans un communiqué que le centre examinerait « attentivement » la décision, tout en maintenant que « la réalité demeure : le centre a besoin d'une restauration urgente et importante – une vérité que même le plaignant reconnaît ». Elle a ajouté que les fonds de 257 millions de dollars étaient disponibles et que l'institution restait déterminée à « poursuivre toute voie légale pour garantir que le Trump Kennedy Center soit restauré comme un lieu culturel national pour tous les Américains ».

La décision du juge Cooper constitue le dernier revers en date pour les efforts de Donald Trump visant à marquer de son empreinte le paysage monumental de Washington.