La conjonction de deux chocs fragilise les Bourses des économies en développement. D'un côté, la défiance persistante des investisseurs envers les valeurs technologiques, nourrie par des interrogations sur la rentabilité des investissements dans l'intelligence artificielle, continue de secouer les marchés. De l'autre, l'escalade militaire impliquant l'Iran ajoute une couche d'incertitude géopolitique qui pousse les capitaux à se détourner des actifs les plus risqués, dont font partie les actions des marchés émergents.
Cette double pression a provoqué un repli généralisé des indices boursiers des pays en développement ces dernières heures. L'indice MSCI des marchés émergents a nettement reculé, effaçant une partie des gains accumulés depuis le début de l'année. Les Bourses asiatiques, particulièrement exposées aux fluctuations du secteur technologique, ont enregistré des pertes significatives. Les valeurs chinoises et sud-coréennes, très liées aux chaînes d'approvisionnement de l'IA, ont été les plus durement touchées.
L'Inde, refuge menacé
Jusqu'à présent, l'Inde faisait figure de valeur refuge au sein des marchés émergents. Sa croissance économique robuste, sa moindre dépendance aux exportations technologiques et son marché intérieur dynamique attiraient les investisseurs en quête de stabilité. Plusieurs analystes avaient ainsi recommandé de se positionner sur les actions indiennes pour se protéger de la volatilité liée à l'intelligence artificielle.
Cependant, l'aggravation du conflit au Moyen-Orient change la donne. L'Iran, puissance régionale majeure, est impliqué dans une escalade qui fait craindre une perturbation des approvisionnements énergétiques et une flambée des cours du pétrole. Or, l'Inde est fortement dépendante des importations d'hydrocarbures. Une hausse durable du brut pèserait sur sa balance commerciale, sur l'inflation et, in fine, sur la rentabilité des entreprises indiennes.
Selon des observateurs financiers, cet enchaînement a provoqué des ventes sur la place de Bombay. L'indice de référence Nifty 50 a reculé, entraîné par les secteurs de l'énergie et des matériaux. Les investisseurs étrangers, qui avaient massivement acheté des titres indiens ces derniers mois, commencent à réduire leurs positions, anticipant un ralentissement économique.
Un rééquilibrage des portefeuilles
Dans ce contexte, les gérants d'actifs ajustent leurs stratégies. Certains privilégient désormais les obligations d'État des pays développés, notamment américaines, considérées comme des valeurs refuges en période de tensions géopolitiques. D'autres se tournent vers les matières premières comme l'or, dont le cours s'est apprécié.
La question centrale pour les investisseurs est de savoir si la tempête actuelle est conjoncturelle ou annonce un retournement de tendance plus profond. Les craintes liées à l'intelligence artificielle sont-elles exagérées ? Le choc pétrolier sera-t-il temporaire ? Les réponses à ces interrogations détermineront l'attractivité future des marchés émergents et, en particulier, de l'Inde.
Quelles perspectives ?
Pour l'heure, aucune issue claire ne se dessine. La situation au Moyen-Orient reste hautement volatile et les annonces des grandes entreprises technologiques américaines sur leurs investissements dans l'IA continuent d'alimenter les doutes. Le ministre des Finances indien a appelé à la « vigilance » sans annoncer de mesures spécifiques.
Les analystes s'attendent à une période de forte volatilité dans les semaines à venir. L'Inde conserve des atouts structurels, mais l'accumulation des risques externes pourrait compromettre son rôle de refuge. La Bourse de Mumbai, après avoir surperformé ses pairs, pourrait être confrontée à une correction plus marquée si les tensions géopolitiques persistent.
En résumé, la combinaison inédite d'une crise de confiance dans le secteur de l'intelligence artificielle et d'une escalade militaire au Moyen-Orient pèse lourdement sur les marchés émergents. L'Inde, jusqu'ici épargnée, se trouve désormais en première ligne.