Un flot d'hommages dans le monde de la bande dessinée

La disparition de Marjane Satrapi, annoncée le 4 juin à Paris, a suscité une vague d'émotion et de reconnaissance parmi ses pairs. De nombreux auteurs de bande dessinée, figures majeures du neuvième art en France et à l'international, ont tenu à saluer la mémoire de celle qui, avec « Persepolis », a offert un récit intime et politique de l'Iran post-révolutionnaire. Sur les réseaux sociaux et dans les médias, les hommages ont fusé, convergents dans leur admiration.

Des artistes de tous horizons ont souligné l'impact unique de son œuvre autobiographique, qui a permis à des millions de lecteurs de découvrir, à travers le regard d'une enfant puis d'une adolescente, la révolution iranienne de 1979, la mise en place de la République islamique, la guerre Iran-Irak et l'exil. Plusieurs ont repris une formule devenue emblématique : « Tu as changé le monde », résumant ainsi la portée de son travail, qui a dépassé les frontières de la bande dessinée pour devenir un symbole de résistance et de liberté.

« Marjane Satrapi a donné une voix à celles et ceux qu'on voulait réduire au silence », a déclaré un auteur reconnu, saluant son courage et sa détermination à raconter une histoire personnelle devenue universelle. Un autre a évoqué « une légende du neuvième art », insistant sur la puissance de son trait, à la fois simple et expressif, qui a su toucher un public bien au-delà des amateurs de bande dessinée.

Une œuvre intemporelle et un symbole politique

L'hommage ne s'est pas limité aux seuls aspects artistiques. Plusieurs voix ont rappelé le rôle de Marjane Satrapi en tant que figure de proue de la diaspora iranienne et symbole de la lutte contre l'oppression. Son engagement, notamment lors du mouvement « Femme, Vie, Liberté » qui a secoué l'Iran en 2022-2023, a été salué. L'autrice n'a cessé, jusqu'à ses derniers jours, de défendre les droits des femmes et de dénoncer les régimes autoritaires.

Les maisons d'édition et les institutions culturelles ont également fait part de leur tristesse. Plusieurs festivals de bande dessinée ont annoncé qu'ils lui rendraient hommage lors de leurs prochaines éditions, tandis que des librairies organisaient des espaces dédiés à son œuvre.

Une disparition liée à un deuil

Selon son entourage, Marjane Satrapi est morte à Paris à l'âge de 56 ans, un an après la disparition de son mari. Cette perte aurait été une cause majeure de son affaiblissement. « Morte de tristesse », ont rapporté certaines sources proches, une expression reprise dans de nombreux témoignages pour décrire l'état de l'artiste ces derniers mois.

Un héritage immense

« Persepolis », publié en quatre volumes entre 2000 et 2003, a été traduit dans des dizaines de langues et adapté au cinéma en 2007, obtenant le Prix du jury au Festival de Cannes et une nomination aux Oscars du meilleur film d'animation. L'ouvrage est depuis devenu un classique, étudié dans les écoles et les universités, et reste l'un des témoignages les plus puissants sur l'Iran contemporain.

Les hommages, unanimes, ont souligné que l'œuvre de Marjane Satrapi continuerait à vivre bien au-delà de sa disparition. « Elle nous laisse un trésor », a résumé un dessinateur, en écho à la gratitude exprimée par toute une profession.