L’autrice et réalisatrice Marjane Satrapi est morte à l’âge de 56 ans, ont annoncé des sources proches de sa famille ce jeudi. Franco-iranienne, elle était devenue une figure majeure de la bande dessinée et du cinéma d’animation grâce à son œuvre la plus célèbre, « Persepolis », qui relate son enfance et son adolescence durant la révolution islamique iranienne.
Une œuvre autobiographique majeure
Née à Téhéran, Marjane Satrapi a grandi dans une famille d’opposants au régime impérial renversé en 1979. La révolution islamique bouleverse son quotidien : les femmes sont contraintes de porter le voile et de ne plus fréquenter les espaces publics. Adolescente, elle est envoyée seule en exil en Autriche, puis rejoint la France, où elle vit depuis de nombreuses années.
Cette histoire personnelle, elle la transpose en bande dessinée en noir et blanc à partir de 2000, en quatre tomes publiés entre 2000 et 2003. Le récit, à la fois drôle et empreint de poésie, brosse le portrait d’une jeune fille de la bourgeoisie de Téhéran confrontée à l’oppression religieuse, à la guerre et à l’exil. « Persepolis » connaît un succès retentissant en librairie.
Reconnaissance au cinéma
Avec le cinéaste Vincent Paronnaud, Marjane Satrapi adapte sa bande dessinée en long-métrage d’animation. Le film, également intitulé « Persepolis », reçoit le prix du Jury au 60ᵉ Festival de Cannes et est récompensé aux César. Cette consécration internationale assoit sa réputation au-delà du monde de la bande dessinée.
Deux autres albums marquants
Marjane Satrapi a publié d’autres ouvrages qui complètent son univers. En 2003 sort « Broderies », où elle met en scène des femmes réunies autour du thé, évoquant la sexualité, le mariage forcé et la condition féminine dans un pays où la liberté individuelle est réprimée. En 2004 paraît « Poulet aux prunes », qui s’inspire de la vie de son grand-oncle Nasser Ali Khan, un musicien qui se laisse mourir après avoir perdu son instrument. Ce récit reçoit le prix du meilleur album au Festival d’Angoulême en 2005. L’album est lui aussi adapté au cinéma par Satrapi et Paronnaud, avec Maria de Medeiros, Mathieu Amalric et Édouard Baer ; le film est sélectionné en compétition pour le Lion d’or à la Mostra de Venise en 2011.
Un héritage d’émancipation
Tout au long de sa carrière, l’artiste est restée attachée à ses racines iraniennes et a dénoncé les atteintes aux libertés dans son pays d’origine. Ses œuvres, marquées par l’humour et l’engagement en faveur de l’émancipation des femmes, ont marqué toute une génération de lecteurs et de spectateurs. Sa disparition laisse un vide dans le paysage culturel francophone et international.