Un long métrage consacré à l’ascension de Sam Altman, le patron d’OpenAI, ne verra finalement pas le jour sous la bannière Amazon MGM. Le groupe dirigé par Jeff Bezos a décidé d’abandonner la production, alors que le film, intitulé « Artificial », était sur le point d’être terminé. Le réalisateur Luca Guadagnino, connu notamment pour « Call Me by Your Name » et « Challengers », a estimé que cette décision était prévisible dès l’annonce du partenariat stratégique entre Amazon et OpenAI.

Un précédent qui ne surprend pas

Dans un entretien accordé à l’émission italienne « Otto e mezzo », le cinéaste a confié ne pas avoir été pris au dépourvu. « Je ne peux pas vraiment m’exprimer sur le sujet, parce que nous sommes encore au milieu des négociations, mais ces politiques industrielles ne sont certainement pas nouvelles », a-t-il déclaré. Guadagnino a rappelé des cas similaires, comme celui de la série « The Reagans », qui avait été retirée de la programmation de CBS après des polémiques sur la représentation de l’ancien président américain Ronald Reagan. Il a également évoqué le film « The Apprentice », d’Ali Abbasi, retraçant la jeunesse de Donald Trump et boudé par les grands studios avant d’être finalement distribué par une société indépendante.

Un budget de 40 millions et un avenir incertain

Avec un budget estimé à 40 millions de dollars, « Artificial » se heurte aux nouvelles priorités d’Amazon. Le groupe vient d’investir massivement – 50 milliards de dollars – dans OpenAI, la société d’intelligence artificielle que dirige Sam Altman. Les deux entreprises doivent collaborer pour développer des modèles d’IA destinés à leurs ingénieurs. Dans ce contexte, produire un film qui aurait pu mettre en lumière l’ascension personnelle et les zones d’ombre de son dirigeant est apparu comme un risque commercial et politique trop grand pour Amazon MGM.

Un repreneur potentiel se profile

Malgré le retrait d’Amazon, le film pourrait survivre. Plusieurs diffuseurs, dont Netflix, A24 et Warner, ont déjà décliné l’offre. Mais un acteur s’est montré intéressé : le service de streaming Mubi, spécialisé dans le cinéma d’auteur et les productions exigeantes, aurait manifesté son intention de racheter les droits du projet. Aucun accord n’est toutefois confirmé à ce stade.

Les craintes d’un réalisateur face à une oligarchie technologique

Au-delà de son propre film, Luca Guadagnino a livré une réflexion plus large sur l’intelligence artificielle et le pouvoir qu’elle confère. « Pour moi, le problème n’est pas l’intelligence artificielle en soi. Ce qui compte le plus à mes yeux, ce sont les gens. Elle transforme radicalement le visage — non seulement de la société, en matière de consommation et de notre rapport à ces outils, mais aussi l’identité même d’un pays comme les États-Unis et du monde entier — avec l’émergence de cette petite oligarchie qui exerce un contrôle », a-t-il affirmé. Cette prise de position intervient dans un climat où les rapports de force entre industries culturelles et géants de la tech se resserrent, et où les décisions de production sont de plus en plus souvent dictées par des intérêts capitalistiques.

L’annulation de « Artificial » illustre la difficulté pour les créateurs de traiter de sujets sensibles lorsque leurs financeurs sont directement liés aux personnes visées par le récit. L’éventuel sauvetage par Mubi montrerait qu’une alternative existe encore, mais le précédent interroge sur l’indépendance du cinéma face aux méga-investissements de la Silicon Valley.