Alors que des températures caniculaires s'abattent sur la région lyonnaise, les habitants d'une barre d'immeuble de la rue du Lac, dans le 3e arrondissement, ont choisi de ne plus attendre. Face au refus réitéré de leur bailleur de les doter de stores, ils ont pris les choses en main en installant des protections solaires fabriquées artisanalement. L'initiative, coordonnée localement, concerne plusieurs dizaines de foyers exposés à une chaleur extrême.
Des logements qualifiés de « bouilloires thermiques »
Dans cet immeuble des années 1960, les façades sombres et le manque d'isolation transforment les appartements en fournaises dès le début de l'après-midi. Le soleil frappe directement les balcons jusqu'au coucher du soleil. Une locataire, Daphné Rozet, décrit des températures intérieures atteignant 36 °C pour une surface de 36 mètres carrés. « J'ai l'impression de cuire », témoigne-t-elle. Aide-soignante de 34 ans, elle a dû confier son chat à une amie fin mai, incapable de supporter la chaleur malgré des journées de travail de douze heures. Elle verse un loyer mensuel de 733 euros.
Un bailleur qui ne répond pas aux demandes
Le propriétaire de l'immeuble est la Compagnie foncière lyonnaise (CFL), une filiale du Crédit agricole. Depuis trois ans, Daphné Rozet sollicite son bailleur pour obtenir des stores. Elle n'a jamais obtenu de réponse favorable. De nombreux autres locataires se heurtent au même silence. Seuls les premiers étages, gérés par un autre bailleur social, disposent de stores.
L'auto-organisation comme seule issue
Face à cette situation, une partie des quelque deux cents résidents de l'immeuble a décidé de s'organiser. Un groupe de discussion a été créé, rassemblant une quatre-vingtaine de locataires déterminés à trouver une solution par eux-mêmes. Lundi 22 juin, des membres de la fédération de syndicats Locataires ensemble sont venus prêter main-forte. Pierre et Eloïse, représentants de cette association, ont aidé à l'installation d'une trentaine de stores sur les balcons. « Nous assurons le perçage, et les habitants se débrouillent pour le reste », explique Pierre. Certains résidents ont fabriqué leurs propres stores en cousant des draps, qu'ils ont ensuite peints pour y inscrire leurs revendications. Sur la façade, on peut lire : « Des stores en urgence ».
Une mobilisation qui s'appuie sur un état des lieux préalable
Ce mouvement prend racine dans un travail de cartographie des « logements bouilloires » réalisé par l'association Territoire zéro logement malade (TeZeLoMa). Le porte-à-porte a permis de recenser les besoins et de créer une dynamique collective. L'initiative dépasse le simple bricolage : elle vise à alerter sur les conditions de logement indignes en période de forte chaleur.
Un cadre juridique potentiellement applicable
Les locataires s'appuient sur l'article R1331-33 du Code de la santé publique, qui impose des mesures de protection contre la chaleur dans les logements. Entré en vigueur récemment, ce texte pourrait contraindre les bailleurs à équiper les habitations exposées. Pour l'instant, la CFL n'a pas communiqué sur le sujet, et les résidents poursuivent leur action. Alors que le mercure frôle les 40 °C en extérieur en fin de journée, l'urgence se fait chaque jour plus pressante.