Au lendemain de l’annonce des premières sanctions disciplinaires prononcées par le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, à l’encontre d’une magistrate du parquet d’Auch et de deux gendarmes, l’institution judiciaire se mobilise en interne. La Conférence nationale des procureurs de la République (CNPR) a adressé le 23 juin une lettre à l’ensemble des effectifs des parquets, dont le texte a été rendu public le 24 juin. Les signataires y appellent à ce qu’il y ait « un avant et un après Lyhanna », estimant que le meurtre de la fillette de 7 ans constitue un « échec collectif » pour toute la profession.
Ce courrier intervient dans un contexte de forte pression politique et médiatique depuis la publication, le 22 juin, du pré-rapport de l’Inspection générale de la justice, commandé par le ministre. Ce document a mis en lumière des dysfonctionnements dans le traitement de la plainte déposée par la petite Rosa, qui aurait pu empêcher les agissements de Jérôme Barella, mis en cause dans la mort de Lyhanna. Le gouvernement avait alors annoncé, le 23 juin, l’ouverture de procédures disciplinaires contre la substitut du procureur d’Auch et deux militaires de la gendarmerie, premières sanctions d’une série attendue.
Dans la lettre, les procureurs expriment leur « humilité » face à ce drame. « Ce drame est donc un échec collectif pour vous, comme pour moi, un échec auquel aucun professionnel de justice ne peut se résoudre, mais dont chacun sait qu’il ne peut être à l’abri », écrivent-ils, s’adressant à leurs personnels. Ils ajoutent que les lacunes pointées par le rapport « ne sont pas propres au parquet d’Auch » mais résultent de la charge qui pèse sur l’ensemble des juridictions, dénonçant un manque de moyens chronique. « Enquêteurs, magistrats du siège, directeurs des services de greffe, greffiers, contractuels, adjoints administratifs : ce drame nous oblige », insistent-ils.
Parallèlement à cette prise de position interne, l’opinion publique semble également exiger davantage de fermeté. Un sondage publié mercredi révèle que six Français sur dix jugent les premières sanctions prononcées par l’exécutif « insuffisantes à ce stade ». Ce chiffre témoigne d’une attente forte de mesures plus exemplaires, alors que le pré-rapport a pointé des « erreurs humaines » et des « défaillances » dans le suivi de la plainte de Rosa. Plusieurs voix politiques, dont celle de la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, se sont déjà dites favorables à la création d’une commission d’enquête parlementaire, tandis que le ministre de la Justice a annoncé l’examen d’une loi intégrale sur la protection de l’enfance à l’automne.
La lettre des procureurs intervient également dans un climat de vives critiques adressées à la chancellerie. Le Conseil supérieur de la magistrature avait dénoncé une « instrumentalisation politique » de l’affaire, tout en annonçant sa propre mission d’inspection. En interne, les magistrats du parquet semblent vouloir tirer les leçons du drame sans se laisser submerger par la polémique. « Nous avons agi avec humilité », confient-ils dans leur courrier, avant d’appeler à une réflexion collective sur « notre organisation interne et notre fonctionnement » pour améliorer le traitement des violences contre les mineurs.
Alors que l’enquête judiciaire suit son cours et que les premières mesures disciplinaires sont contestées, la publication de cette lettre marque une étape nouvelle : celle d’une institution qui reconnaît ses failles en interne tout en pointant le manque de moyens comme un facteur aggravant. Reste à savoir si cet « avant et après Lyhanna », appelé de ses vœux par les procureurs, se traduira par des réformes concrètes, ou si le débat public continuera de se focaliser sur les sanctions individuelles.