Le président français Emmanuel Macron a exposé, lors de son déplacement à Damas, les bases d’une relation bilatérale renouvelée avec la Syrie. Il a ainsi fait part de sa volonté d’établir un « partenariat global », dont la concrétisation serait toutefois subordonnée à la mise en place d’un « État de droit » dans le pays. Cette annonce a été faite à l’occasion d’une conférence de presse conjointe avec le dirigeant syrien Ahmad al-Charaa, qui a, de son côté, réitéré son appel à la communauté internationale pour qu’elle contraigne Israël à cesser ce qu’il a qualifié d’« agressions ».

Les deux hommes ont, en effet, uni leurs voix pour condamner les frappes israéliennes qui ont visé le territoire syrien ces derniers jours, dont certaines ont retenti à Damas en plein milieu de la visite présidentielle. Macron a souligné que de telles actions compromettent les efforts de stabilisation régionale, tandis qu’Al-Charaa a exhorté Paris à user de son influence pour faire pression sur Israël.

Un partenariat conditionné par des réformes

Le chef de l’État français a précisé que ce futur accord de coopération ne serait pas un blanc-seing. Il lie la normalisation des relations économiques, diplomatiques et sécuritaires à l’adoption, par les autorités syriennes, de réformes profondes visant à garantir l’indépendance de la justice, le respect des droits fondamentaux et la mise en place d’un cadre juridique transparent. « Nous voulons accompagner la Syrie dans sa renaissance, mais celle-ci ne pourra se faire sans un engagement clair en faveur de l’État de droit », a-t-il déclaré lors de la conférence de presse.

Cette position est perçue comme un signal adressé à la fois à Damas et aux partenaires occidentaux, dont certains restent méfiants face aux garanties offertes par le nouveau gouvernement issu de la chute de l’ancien régime. Al-Charaa, pour sa part, a assuré que son administration était déterminée à mener les réformes nécessaires, tout en insistant sur le besoin urgent de soutien international pour reconstruire un pays dévasté par plus d’une décennie de guerre.

Condamnation des actions israéliennes

Sur le volet sécuritaire, les deux présidents ont exprimé une position commune face à ce qu’ils considèrent comme des violations répétées de la souveraineté syrienne par Israël. Alors que des explosions ont été entendues dans la capitale syrienne le deuxième jour de la visite, Al-Charaa a salué le courage de Macron d’avoir poursuivi son programme malgré les risques. Il a appelé la France à « jouer un rôle actif pour mettre un terme à ces agressions », estimant qu’elles constituent un obstacle majeur à la paix régionale.

Macron a renchéri en dénonçant des « actions disproportionnées » et en appelant au respect du droit international. Il a également évoqué la nécessité d’une solution négociée au conflit israélo-arabe, sans toutefois entrer dans le détail des mesures concrètes que Paris pourrait prendre.

Une visite inaugurale sous haute tension

Cette première visite d’un dirigeant occidental en Syrie depuis le début du conflit en 2011 revêt une portée historique. Elle intervient dans un contexte où les nouvelles autorités syriennes cherchent à sortir de l’isolement diplomatique, tandis que les Occidentaux tâtonnent pour définir une ligne claire vis-à-vis de ce nouveau pouvoir. Les explosions entendues à Damas ont rappelé la fragilité de la situation sécuritaire, et le fait que la visite de Macron s’est déroulée sous la menace permanente d’une escalade.

Les observateurs notent que si le discours sur l’État de droit est bien accueilli par les chancelleries européennes, les échéances électorales à venir en Syrie et en France pourraient influencer la mise en œuvre de ce partenariat. Aucun calendrier précis n’a été avancé pour la signature d’un accord formel.

Réactions et perspectives

Les déclarations conjointes ont suscité des réactions contrastées. Tandis que certains saluent le réalisme de la position française, d’autres jugent que les conditions posées sont trop vagues et qu’elles risquent d’être contournées. Les opposants syriens en exil ont exprimé leur scepticisme, craignant que la communauté internationale ne sacrifie la démocratie au profit d’une stabilité apparente.

La communauté internationale suivra avec attention les prochains gestes des deux capitales, notamment la tenue d’élections annoncées par le gouvernement syrien et la poursuite des réformes judiciaires. En attendant, le message de Damas est clair : l’arrêt des hostilités israéliennes est un préalable à toute avancée durable.