Un mois après les faits
Les déclarations de Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise (LFI), au sujet de l’interruption du concert de Barbara Butch le 18 juillet à Grenoble continuent d’alimenter les tensions. Le responsable politique a qualifié ces actions de « protestations pacifiques », une prise de position qui a immédiatement déclenché une levée de boucliers au sein de la gauche et de la majorité présidentielle.
La position de LFI
Interrogé sur les circonstances de la perturbation qui a conduit à l’arrêt du concert de la DJ, Manuel Bompard a déclaré que les formes d’expression citoyenne, tant qu’elles demeurent non violentes, doivent être tolérées dans un cadre démocratique. Selon lui, la manifestation organisée par des militants locaux LFI visait à dénoncer la participation de Barbara Butch à une tribune de soutien à une proposition de loi « visant à lutter contre les formes renouvelées d’antisémitisme ». Pour le coordinateur insoumis, le boycott ou l’occupation d’un espace public constituent des modes d’action légitimes, à condition qu’ils n’entraînent pas de débordements physiques.
La réaction de la mairie écologiste
La maire écologiste de Grenoble, Laurence Ruffin, a vivement réagi à ces propos. Dans un communiqué, elle dénonce une « stratégie d’intimidation » orchestrée par les « insoumis » et annonce avoir déposé plainte. L’élue estime que l’interruption d’un événement culturel par une centaine de manifestants ne peut être réduite à une simple contestation pacifique : « C’est une atteinte à la liberté d’expression et au droit de se produire sur scène. »
L’indignation politique
Les déclarations de Manuel Bompard ont provoqué un tollé bien au‑delà de la seule opposition. Plusieurs responsables politiques, notamment du Parti socialiste et de la majorité présidentielle, ont condamné ce qu’ils qualifient de « justification de l’intolérance ». Le Crif a également réclamé un plan d’urgence au ministère de la Culture pour protéger les artistes ciblés par des campagnes de boycott. Dans un communiqué, l’organisation estime que ces événements marquent un « glissement dangereux » dans le débat public.
Barbara Butch réagit
Barbara Butch elle‑même a dénoncé publiquement ce qu’elle appelle un « glissement vers la violence », sans faire explicitement référence aux propos de Manuel Bompard. La DJ, figure de la communauté LGBTQIA+ et souvent prise pour cible en raison de ses engagements, a exprimé son inquiétude face à la normalisation des perturbations de spectacles.
Les divergences à gauche
L’affaire met en lumière les fractures au sein de la gauche grenobloise. Si LFI soutient la légitimité des actions de ses militants locaux, les écologistes et une partie des socialistes locaux prennent leurs distances. Laurence Ruffin a ainsi appelé à « ne pas confondre protestation et intimidation », rappelant que le théâtre de la ville a été le théâtre de débordements qui, selon elle, n’ont rien de pacifique.
Prochaines étapes
La plainte déposée par la mairie de Grenoble devrait être examinée dans les prochaines semaines. Par ailleurs, le ministère de la Culture a été saisi par le Crif pour mettre en place un dispositif de protection des artistes menacés de boycott. Cette affaire pourrait relancer le débat sur les limites de la liberté de manifester dans l’espace public et sur la responsabilité des responsables politiques dans l’encouragement de ces actions.