La polémique enfle autour de l’interruption du concert de la DJ Barbara Butch samedi 18 juillet à Grenoble. Alors qu’une centaine de manifestants propalestiniens, mobilisés à l’appel de la section locale de La France insoumise (LFI), avaient perturbé la représentation, le coordinateur national du parti, Manuel Bompard, a estimé comprendre les « protestations pacifiques », une déclaration qui a immédiatement provoqué une levée de boucliers dans le monde politique.
L’événement, qui s’inscrit dans le cadre d’un festival culturel, a vu le concert de Barbara Butch être stoppé net par des activistes dénonçant un lien supposé avec la politique israélienne. Si la DJ a dénoncé « un glissement vers la violence », plusieurs responsables politiques, toutes tendances confondues, ont fustigé non seulement l’action elle-même mais aussi la position de Manuel Bompard.
Des critiques unanimes hors LFI
Les réactions n’ont pas tardé. Des figures de la majorité présidentielle, de la droite et même de certains partis de gauche ont condamné ce qu’ils considèrent comme une complaisance envers des méthodes d’intimidation. « Ces méthodes n’aident en rien les Palestiniens », a ainsi lancé un élu de la majorité, dénonçant une instrumentalisation de la cause palestinienne à des fins politiques internes. La maire écologiste de Grenoble a annoncé le dépôt d’une plainte, tandis que le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a réclamé un plan d’urgence au ministère de la Culture face à ce qu’il perçoit comme une montée des actes antisémites déguisés en militantisme.
Au sein même de La France insoumise, des voix discordantes se sont élevées, mais la direction semble maintenir sa ligne, Manuel Bompard ayant insisté sur le caractère pacifique des manifestations et leur légitimité politique. Cette position a été qualifiée de « dangereuse » par plusieurs observateurs, qui y voient une rupture avec le cordon républicain traditionnel contre les boycotts ciblés.
Un bras de fer sur la définition du militantisme
L’affaire met en lumière les fractures persistantes autour du conflit israélo-palestinien et de ses répercussions en France. Pour les organisateurs du festival, l’interruption du concert de Barbara Butch est une atteinte inacceptable à la liberté d’expression artistique. La DJ elle-même, connue pour son engagement féministe et LGBTQIA+, a exprimé son inquiétude face à ce qu’elle décrit comme une escalade de la violence verbale et physique à l’encontre des artistes.
De son côté, la section locale de LFI justifie son action par la nécessité de boycotter toute manifestation culturelle suspectée de liens avec l’État d’Israël, une position qui s’inscrit dans la mouvance Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS). Manuel Bompard a précisé que le parti ne cautionnait pas la violence et appelait à un débat apaisé, mais ses propos n’ont pas éteint la controverse.
Quelles suites ?
La plainte déposée par la municipalité de Grenoble devrait être examinée dans les prochains jours, tandis que le ministère de la Culture est invité à se prononcer sur les mesures de protection des artistes. Barbara Butch, dont le concert n’a pas pu être reprogrammé sur-le-champ, a annoncé qu’elle réfléchissait à des actions en justice. L’affaire risque de fragiliser encore un peu plus l’équilibre au sein de la gauche française, déjà minée par les dissensions sur la question du Proche-Orient.