Raphaël Glucksmann a réuni samedi 13 juin environ 2 000 personnes aux Docks de Paris à Aubervilliers, pour ce qui constituait son premier rassemblement de grande ampleur en vue de l’élection présidentielle. L’eurodéputé, coprésident de Place publique, s’est donné trois mois pour décider de sa candidature, mais sa présence sur l’estrade entouré de plusieurs ténors de la gauche sociale-démocrate visait à asseoir son statut de « presque candidat ».

Parmi les personnalités présentes figuraient notamment la présidente de la région Occitanie Carole Delga, le sénateur écologiste Yannick Jadot – candidat en 2022 –, la sénatrice socialiste Laurence Rossignol et le maire de Montpellier Michaël Delafosse. L’ancien macroniste Aurélien Rousseau, récemment rallié à Place publique, était également aux côtés de Glucksmann. En revanche, le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure était absent, son entourage précisant que Glucksmann n’est « pas le candidat du PS » à ce stade. L’ancien président François Hollande et le président des députés socialistes Boris Vallaud n’ont pas non plus fait le déplacement.

Un discours centré sur le « contrat patriotique »

Dans son intervention, Raphaël Glucksmann a développé les grandes orientations de son projet, s’appuyant sur les thèmes de son ouvrage « Nous avons encore envie ». Il a plaidé pour un « nouveau contrat patriotique » visant à « rendre à la France sa puissance » et à « redonner aux Français la maîtrise de leur destin ». La sécurité a été présentée comme un « axe majeur » de sa future campagne, tandis qu’il a promis la tenue d’une « convention citoyenne sur l’immigration » pour ne pas « fuir le débat ». Sur le plan éducatif, il s’est engagé à augmenter le salaire des enseignants et leur nombre face aux élèves. Enfin, il a défendu la nécessité d’une « nouvelle révolution industrielle française » fondée sur la « transformation écologique ».

Une dynamique en construction

Glucksmann, crédité d’environ 12 % des intentions de vote, cherche à apparaître comme le candidat naturel de l’arc social-démocrate, tout en se démarquant nettement de Jean-Luc Mélenchon, qui a réuni 26 000 personnes à Saint-Denis une semaine plus tôt. L’eurodéputé a assuré samedi qu’il « plierait » le leader insoumis lors d’un éventuel duel présidentiel. Le député LFI Antoine Léaument a ironisé sur la taille modeste du rassemblement d’Aubervilliers, estimant qu’il « ne tient ni la comparaison avec nous, ni la route ».

Des divisions internes à la gauche

Le meeting s’inscrit dans un contexte de tensions au sein du Parti socialiste, partagé entre la perspective d’une primaire unitaire et la dynamique de Glucksmann. Plusieurs cadres socialistes, comme le député Jérôme Guedj et le maire de Saint-Ouen Karim Bouamrane, ont déjà annoncé leur candidature, tandis qu’Olivier Faure défend l’organisation d’une primaire le 11 octobre. Glucksmann, qui refuse d’être départagé par ce scrutin, mise sur ses bons sondages pour attirer le « vote utile » de la gauche hors LFI. Sa stratégie suscite toutefois des critiques en interne : une députée socialiste interrogée par l’AFP lui reproche d’être « trop intello, trop parisien », tandis que d’autres pointent un « virage au centre », accentué par une note de ses conseillers suggérant d’éviter certaines cibles électorales comme les banlieues et les jeunes – note que Glucksmann assure avoir rejetée.

Un test pour la suite

Ce meeting constitue un test pour la dynamique de Raphaël Glucksmann, dix mois avant l’élection présidentielle. Il devra désormais convaincre au-delà de son cercle de soutiens initiaux, notamment dans l’électorat populaire, et obtenir le ralliement du Parti socialiste pour espérer peser dans la campagne.