Au Pérou, la tension monte à l'approche de l'investiture présidentielle prévue le 28 juillet. Le candidat de gauche Roberto Sanchez, qui accuse les autorités électorales d'avoir favorisé sa rivale de droite Keiko Fujimori, a annoncé qu'il ne reconnaîtrait pas le résultat du second tour de l'élection présidentielle. Il a appelé ses partisans à se mobiliser ce week-end pour protester contre ce qu'il qualifie de « fraude ».

Lors d'une conférence de presse tenue mardi, M. Sanchez a déclaré que son camp « ne reconnaîtra pas ce gouvernement » et a appelé à « un mouvement de résistance populaire et patriotique ». Il a également écrit sur les réseaux sociaux que son camp déclarerait « un état de lutte politique et sociale ». Ces propos interviennent alors que le dépouillement, achevé à plus de 99,7 %, donne à Mme Fujimori 50,11 % des suffrages contre 49,89 % pour M. Sanchez, soit une avance d'environ 40 687 voix.

Des accusations de manipulation sur le vote de l'étranger

Le principal grief de M. Sanchez porte sur les procédures de vote des Péruviens résidant à l'étranger, qui représentent environ 1,2 million d'électeurs, soit 4,4 % du corps électoral. Le pays avait installé quelque 2 506 tables de vote à l'étranger. Or, selon le candidat de gauche, une décision récente des autorités électorales a supprimé l'obligation de numériser et de scanner les procès-verbaux des bureaux de vote situés hors du territoire national. Cette modification, affirme-t-il, a rendu le comptage vulnérable à des manipulations et aurait profité « frauduleusement » à Mme Fujimori.

M. Sanchez a demandé l'annulation des résultats provenant de 119 bureaux consulaires, sans toutefois préciser comment un recomptage pourrait être effectué. Les autorités électorales n'ont pas encore répondu officiellement à ces accusations, mais ont indiqué qu'elles entendaient finaliser le décompte définitif dans les trente jours suivant le scrutin, conformément au calendrier légal.

Un climat politique déjà très fragile

Cette nouvelle crise intervient dans un contexte d'instabilité chronique au Pérou. Le pays a connu neuf présidents en dix ans, et l'actuel processus électoral est marqué par une méfiance profonde entre les deux camps. La droite et la gauche s'affrontent depuis des mois sur le terrain médiatique et judiciaire. Keiko Fujimori, figure controversée de la droite péruvienne, a déjà été emprisonnée par le passé dans le cadre d'affaires de corruption, tandis que Roberto Sanchez, proche de l'ancien président emprisonné Pedro Castillo, a lui aussi été visé par des enquêtes.

Les partisans de M. Sanchez organisent des rassemblements depuis plusieurs jours à Lima. Mardi, il a exhorté ses soutiens à sortir dans la rue ce week-end pour « défendre la démocratie ». De son côté, le camp Fujimori appelle au calme et insiste sur la régularité du scrutin. Les observateurs internationaux présents sur place n'ont pas encore rendu de rapport concluant sur d'éventuelles irrégularités.

Vers une investiture sous tension

La cérémonie d'investiture du prochain président est prévue le 28 juillet, jour de la fête nationale péruvienne. Si la tendance actuelle se confirme, Keiko Fujimori devrait prêter serment, mais la contestation de son adversaire laisse présager des semaines de turbulences politiques. Le gouvernement sortant, dirigé par une administration de transition, a appelé au respect du verdict des urnes et à la retenue.

L'issue de ce bras de fer pourrait dépendre de la décision des autorités électorales sur la demande d'annulation partielle présentée par M. Sanchez. Jusqu'à présent, aucun signal n'indique une remise en cause globale du scrutin. Le Pérou, qui sort d'une grave crise économique et sociale, risque de connaître de nouvelles secousses politiques avant même l'arrivée au pouvoir du nouveau président.