À deux jours du second tour de l’élection présidentielle péruvienne, la candidate de droite Keiko Fujimori conserve une avance étroite sur son adversaire de gauche Roberto Sánchez, selon les dernières enquêtes d’opinion. Le scrutin, prévu le 7 juin, mettra fin à une campagne marquée par des contestations et des accusations réciproques.
Fujimori, qui a déjà été finaliste lors des trois précédents scrutins présidentiels, mise sur un discours sécuritaire et la promesse de rétablir l’ordre dans un pays traversé par une instabilité politique chronique. De son côté, Sánchez, député et ancien ministre, représente l’alternative progressiste mais fait face à des poursuites judiciaires pour des irrégularités présumées dans le financement de sa campagne.
Un premier tour chaotique
Le 12 avril, le premier tour a été marqué par des difficultés logistiques : des bureaux de vote ont ouvert en retard, des bulletins n’ont pas été livrés à temps, et environ 52 000 électeurs n’ont pas pu voter. Les autorités électorales ont prolongé le scrutin dans les zones touchées, notamment à Lima et dans des sites à l’étranger comme Paterson, dans le New Jersey.
Le dépouillement s’est étiré sur plus d’un mois en raison de la nécessité d’examiner près de 15 000 bulletins contestés. Les résultats définitifs, publiés à la mi-mai, ont confirmé l’avance de Fujimori et la deuxième place de Sánchez, devançant de justesse le candidat d’extrême droite Rafael López Aliaga. Ce dernier a dénoncé une fraude, mais les observateurs électoraux n’ont relevé aucune preuve de manipulation.
Des enjeux judiciaires
La campagne du second tour a été assombrie par des accusations de faux en écriture portées contre Sánchez. Les procureurs l’ont inculpé pour avoir prétendument falsifié ses déclarations de financement de campagne. Il nie ces allégations, qu’il qualifie de manœuvre politique.
Fujimori, quant à elle, est liée à l’héritage controversé de son père, l’ancien président Alberto Fujimori, dont le mandat a été marqué par des violations des droits humains. Elle tente de se présenter comme une figure de stabilité dans un pays qui a connu neuf présidents en dix ans, dont plusieurs contraints à la démission ou destitués.
Une participation obligatoire
Le vote est obligatoire pour tous les Péruviens, y compris ceux résidant à l’étranger, sous peine d’amende. Quelque 2 506 bureaux de vote seront ouverts dans 63 pays pour accueillir les électeurs expatriés. Lors du premier tour, plus de 411 000 Péruviens de l’étranger avaient participé, sur un total de plus de 20 millions de suffrages exprimés.
Quelles perspectives ?
Les sondages accordent à Fujimori une avance marginale, mais l’issue reste incertaine. Le taux d’abstention ou de votes blancs et nuls pourrait peser sur le résultat. Les deux candidats ont mené une campagne agressive, avec des débats télévisés tendus.
Le vainqueur devra faire face à des défis immenses : restaurer la confiance dans les institutions, relancer une économie fragilisée et répondre aux attentes d’une population lassée par l’instabilité. Le Pérou, riche en ressources minières, cherche un cap après des années de crises politiques à répétition.