Le second tour de l'élection présidentielle péruvienne s’est achevé sur un résultat si serré qu’il empêche toute proclamation immédiate d’un vainqueur. Selon les premières estimations de l’institut Ipsos, le candidat de gauche Roberto Sánchez recueillerait 50,3 % des voix, contre 49,7 % pour la candidate de droite Keiko Fujimori. Les résultats officiels, portant sur plus de 85 % des bulletins dépouillés, confirment un écart extrêmement réduit.

Les deux camps se sont exprimés sur cette situation inédite. Roberto Sánchez a qualifié cette avance précoce de « leadership important » qui « réaffirme la volonté du peuple, qui veut la démocratie et la justice ». De son côté, Keiko Fujimori a estimé que le scrutin était un « match nul » et a prévenu que des « jours » seraient nécessaires avant de pouvoir désigner un vainqueur. Elle a jugé « irresponsable » de se prononcer sur la base d’échantillons partiels et a exigé que « chaque bulletin soit compté ».

Des recomptages probables

L’histoire électorale récente du Pérou laisse présager que le dépouillement pourrait s’étendre sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines. En 2021, un duel similaire entre les deux mêmes candidats avait déjà donné lieu à une attente prolongée. Les autorités électorales (ONPE) devront vraisemblablement procéder à des recomptages dans de nombreux bureaux de vote, un processus qui retarde la certification du résultat final.

Un vote contrasté entre villes et campagnes

L’institut Ipsos a mis en évidence une forte polarisation géographique. Keiko Fujimori domine dans la capitale Lima ainsi que sur l’ensemble de la côte et dans les zones urbaines, tandis que Roberto Sánchez s’impose nettement dans les régions rurales et les zones montagneuses des Andes. À mesure que les bulletins des campagnes seront comptabilisés, Sánchez pourrait accentuer son avance.

Sécurité et instabilité au cœur des préoccupations

La campagne a été dominée par les thèmes de l’insécurité et de l’instabilité politique. Fujimori, fille de l’ancien président Alberto Fujimori – emprisonné pour crimes contre l’humanité mais crédité d’une lutte musclée contre les guérillas – a promis un déploiement militaire contre le crime organisé, en particulier contre les extorsions qui ont explosé ces dernières années. Une habitante de San Juan de Lurigancho, quartier populaire de Lima, a expliqué son soutien à la candidate par la nécessité de « lutter contre ces criminels qui tuent les chauffeurs et les conducteurs de bus ». Une autre électrice a déclaré vouloir une dirigeante « qui nous fasse sentir valorisés ».

Les réformes économiques de Sánchez

Roberto Sánchez, qui fut ministre sous le gouvernement de Pedro Castillo, propose des réformes économiques de grande ampleur. Il souhaite accroître le rôle de l’État dans l’exploitation des ressources naturelles, renforcer l’investissement dans les zones rurales, réformer le système fiscal et revoir les contrats miniers. Selon lui, ces mesures sont nécessaires pour réduire les inégalités et redistribuer plus équitablement les richesses issues des riches gisements d’or et de cuivre du pays. Ces propositions ont toutefois suscité des inquiétudes sur les marchés financiers.

La question de Pedro Castillo

Roberto Sánchez a également réaffirmé son intention de demander une « grâce présidentielle » pour libérer l’ancien président Pedro Castillo, emprisonné après avoir tenté de dissoudre illégalement le Congrès et de gouverner par décret. Cette annonce risque d’attiser les tensions dans un pays déjà marqué par une succession de crises politiques.

Des soutiens prêts à manifester

Dans les deux camps, les électeurs se disent prêts à descendre dans la rue si le résultat ne leur est pas favorable. Des partisans de Sánchez, comme la vendeuse de rue Hilda, ont prévenu qu’ils protesteraient : « Nous avons voté pour le changement », a-t-elle déclaré, rappelant que le précédent président élu, Pedro Castillo, avait été destitué et emprisonné. De l’autre côté, les soutiens de Fujimori espèrent que la candidate reproduira la manière forte de son père.

L’issue du scrutin reste donc suspendue à l’achèvement du dépouillement et aux éventuels recomptages. Le Pérou s’apprête à élire son neuvième chef d’État en dix ans, symptôme d’une instabilité politique chronique.